La femme déguisée et le prophète aveugle : qui voit quoi ?
Le fils du roi est malade. Sa mère se déguise pour consulter à Silo le prophète qui avait annoncé la royauté à son mari. Le prophète ne voit plus, mais il sait qui entre, et ce qu’il annonce dépasse de loin le sort de l’enfant. Seulement, la Bible grecque ne raconte pas cette rencontre comme l’hébreu : dans un texte, elle n’y figure pas à cet endroit ; dans un autre, elle a lieu sans déguisement. Cette page vous fait lire, répondre, comparer, puis revenir sur votre première idée.
Votre première idée
Avant de lire quoi que ce soit : une femme se déguise pour consulter un prophète qui n’y voit plus. À votre avis, qui est le plus aveugle dans cette histoire ? Choisissez l’idée la plus proche. Vous y reviendrez à la fin.
Le texte, mot à mot
1 Rois 14,1-18 en traduction littérale. Deux boutons : l’hébreu, et un surlignage de ceux qui parlent, de ce qui se cache ou ne se voit pas, et de Yhwh. Plus bas, un jeu pour savoir ce que le texte dit vraiment.
Traduction française littérale, établie pour cette étude et à comparer à votre Bible (numérotation du TM). L’hébreu est celui du texte massorétique, relevé verset par verset sur une édition en ligne puis transcrit sans cantillation ; il n’a pas été collationné avec la BHS : à vérifier avant toute citation. Cliquez sur un mot souligné pour voir la fiche correspondante (étape 5).
Cliquez sur un mot pour savoir s’il figure dans 1 Rois 14,1-18.
- Qui sait quoi, et à quel moment ? Le lecteur apprend la cécité d’Ahiyya au v. 4 : que change cet ordre ?
- Pourquoi Jéroboam fait-il déguiser sa femme pour consulter un prophète dont il se sert de la parole (v. 2) ?
- La réponse porte-t-elle sur l’enfant malade ? Où le texte passe-t-il de l’enfant au roi, puis à Israël ?
Trois façons de lire la scène
La scène est tantôt lue comme un récit d’ironie, où l’aveugle voit plus clair que tous, tantôt comme un texte retravaillé par des rédacteurs deutéronomistes, tantôt comme une histoire dont le grec garde une autre forme. Ouvrez chaque lecture : ce que le texte lui donne, et ce qu’il ne permet pas, ou pas encore, de dire.
L’aveugle qui voit. Le récit joue sur ce que chacun voit ou ne voit pas : la femme se déguise (v. 2, 5-6), le prophète « ne pouvait plus voir » (v. 4), mais Yhwh l’avertit avant même qu’elle entre (v. 5), et Ahiyya l’interpelle par son nom avant qu’elle ait parlé (v. 6). Le déguisement tombe au seuil, au bruit des pas.
Ce que le texte permet de dire
- Au v. 4, Ahiyya ne pouvait plus voir : « ses yeux s’étaient figés à cause de sa vieillesse ».
- Au v. 5, Yhwh prévient Ahiyya : la femme viendra et « fera l’étrangère ».
- Au v. 6, Ahiyya l’appelle « femme de Jéroboam » avant qu’elle parle, et lui reproche son déguisement.
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Le texte ne dit pas pourquoi Jéroboam veut que sa femme se déguise ; il dit seulement : « pour qu’on ne sache pas que tu es la femme de Jéroboam » (v. 2).
- Le texte ne dit pas que la femme est une « reine » : elle n’est jamais appelée que « femme de Jéroboam ».
- Il ne dit pas si Jéroboam savait Ahiyya aveugle.
Lecture du texte ; rapprochement possible avec 1 S 4,15, où les yeux d’Éli, à Silo, sont eux aussi « figés » (étape 5).
Un oracle retravaillé. Les v. 7-11 et 15-16 ne répondent pas à la question de la mère : ils condamnent la maison de Jéroboam et annoncent la dispersion d’Israël. Knoppers y relève environ seize « clichés » deutéronomistes (v. 7-11, 15a, 16), tous dans des passages qui manquent dans le grec parallèle (12,24g-n) ; il en conclut que le TM est une expansion d’une source plus ancienne. Schenker arrive à une conclusion voisine, avec une date bien plus tardive (d’après un article qui les résume).
Ce que le texte permet de dire
- Le v. 7 reprend l’élévation de Jéroboam, le v. 8 l’arrachement de la royauté à la maison de David : les mêmes mots que 1 R 11.
- Les v. 15-16 annoncent un exil « au-delà du Fleuve » : ils dépassent le sort de la maison de Jéroboam.
- Le v. 18 attribue la parole à « son serviteur Ahiyya le prophète ».
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Les « clichés » ne prouvent pas à eux seuls une addition : c’est une inférence de méthode, que les spécialistes datent différemment (rédacteur josianique chez Knoppers, IIe siècle chez Schenker).
- Rien dans le texte hébreu ne dit lui-même que ces versets sont des ajouts.
Knoppers, Two Nations under God, et Schenker (positions rapportées d’après un article sur la Vorlage des Chroniques ; non relus ici).
Une autre histoire dans le grec. Le grec ancien (codex Vaticanus) n’a pas 1 R 14,1-20 à cet endroit. Un récit voisin se trouve dans le « Supplément » de 3 Règnes 12,24g-n : l’enfant tombe malade, Ano, la femme de Jéroboam, va chez Ahiyya sans déguisement ; ses yeux « s’étaient obscurcis » ; Ahiyya envoie son serviteur au-devant d’elle ; l’oracle contre la maison de Jéroboam est prononcé ; l’enfant meurt. Le récit se place avant que Jéroboam soit roi, et la condamnation n’y a pas de motif explicite.
Ce que le texte permet de dire
- Le grec ancien n’a pas la rencontre à la place du TM (le texte de l’Alexandrinus vient d’une révision sur l’hébreu, à vérifier sur l’édition de Göttingen).
- Le « Supplément » nomme la femme, Ano, et n’a pas de déguisement.
- Les deux versions ont en commun : l’enfant malade, Ahiyya, la condamnation, la mort de l’enfant.
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Le texte ne dit pas lequel est le plus ancien : Schenker et Knoppers donnent la priorité au grec ; Talshir tient le « Supplément » pour une composition secondaire.
- Un article sur la Vorlage des Chroniques note qu’aucune des deux formes n’a de parallèle dans les Chroniques, et en conclut que la source commune n’avait sans doute pas ce récit.
Schenker 1996 ; Knoppers ; Talshir 1993 (positions rapportées, non relues) ; article sur la Vorlage des Chroniques (auteur à identifier) ; 3 Règnes 12,24g-n (découpage à vérifier).
- Ces trois lectures s’excluent-elles ? Une scène ironique peut-elle être retravaillée ?
- Si le « Supplément » est plus ancien, que perd-on en lisant le récit hébreu, et que gagne-t-on ?
Du déguisement à la tombe
Le récit tient en quatre mouvements : un déguisement pour consulter (v. 1-4), un prophète qui n’y voit plus mais qui sait (v. 5-6), un reproche et une sentence (v. 7-11), et la route du retour avec le seuil, la tombe et la dispersion (v. 12-18). À chaque station : le texte, les interlocuteurs, et ce qu’en retiennent les auteurs.
Un déguisement pour consulter
Le texte
Le fils de Jéroboam, Abiyya, est malade (v. 1). Jéroboam envoie sa femme à Silo, déguisée, vers Ahiyya « qui a parlé de moi : je serais roi sur ce peuple » (v. 2). Elle prend dix pains, des gâteaux et une jarre de miel (v. 3). Ahiyya « ne pouvait plus voir » (v. 4).Les interlocuteurs
Le texte a une série de petits détails : des vivres modestes, la route de Silo, la maison d’Ahiyya. Les notes lues pour cette étude relèvent que Silo, ancien sanctuaire, reste le lieu où Ahiyya vit et où on le consulte « comme si l’ancien temple se tenait encore ». Les deux noms, Abiyya (אֲבִיָּה, « Yah est mon père ») et Ahiyya (אֲחִיָּה, « Yah est mon frère »), ne diffèrent que par une lettre.Ce qu’en retiennent les auteurs
Dans le « Supplément » (24g), l’enfant est malade avant que Jéroboam soit roi, Ano va chez Ahiyya sans déguisement. Dans le TM, le déguisement donne à la scène son ressort : chacun cache quelque chose, et la scène se joue sur ce qu’on voit ou non.Un prophète qui n’y voit plus, mais qui sait
Le texte
Yhwh prévient Ahiyya (v. 5). Au bruit de ses pas, Ahiyya dit : « Entre, femme de Jéroboam ! Pourquoi te fais-tu passer pour une autre, alors que je suis envoyé vers toi, dur ? » (v. 6). Le message qu’il a à porter est « dur » (קָשָׁה).Les interlocuteurs
Le verbe est le même au v. 5 et au v. 6 : הִתְנַכֵּר, « faire l’étranger, se faire passer pour inconnu ». Les yeux du prophète, au v. 4, « se sont figés » : c’est le verbe « se lever, se tenir » (קוּם), le même qu’en 1 S 4,15 pour les yeux d’Éli, à Silo.Ce qu’en retiennent les auteurs
Une lecture souvent faite : celui qui ne voit pas voit mieux que ceux qui voient. Le texte ne le dit pas, mais le dispositif (parole divine avant l’arrivée, interpellation avant toute parole) le rend visible. Le « Supplément » (24g-n) garde l’idée d’yeux obscurcis, mais fait envoyer le serviteur au-devant d’Ano.Le reproche et la sentence
Le texte
Yhwh rappelle ce qu’il a fait pour Jéroboam : élevé du milieu du peuple, établi « chef », la royauté arrachée à la maison de David (v. 7-8). Reproche : pas comme David, pire que ses prédécesseurs, d’autres dieux, des idoles de métal fondu, Yhwh jeté derrière le dos (v. 8-9). Sentence : le malheur sur la maison de Jéroboam, les mâles retranchés, les chiens et les oiseaux (v. 10-11).Les interlocuteurs
Knoppers et Schenker (voir l’étape 3) notent que les v. 7-11 sont absents du grec parallèle (12,24g-n) et très proches du vocabulaire deutéronomiste. Au v. 7, le mot est « chef » (נָגִיד) et non « roi » : voir l’étape 7.Ce qu’en retiennent les auteurs
Une étude citée dans les notes de préparation voit dans 14,10-11.14 le locus classicus du retournement d’une promesse dynastique : la « maison stable » de 11,38 devient une maison balayée. Elle compare un oracle néo-assyrien (SAA 16 59) où le nom et la descendance de Sennachérib sont destinés à la destruction. Le texte biblique ne dit pas lui-même qu’il retourne 11,38.Le seuil, la tombe, la dispersion
Le texte
« Dès que tes pieds entreront dans la ville, l’enfant mourra » (v. 12). Il sera pleuré et enterré, seul de la maison de Jéroboam, car on a trouvé en lui « quelque chose de bon » (v. 13). Yhwh suscitera un roi qui retranchera la maison de Jéroboam (v. 14), frappera Israël, le dispersera « au-delà du Fleuve » (v. 15), à cause des fautes de Jéroboam (v. 16). La femme arrive à Tirsa : au seuil, le garçon meurt (v. 17), « selon la parole de Yhwh » (v. 18).Les interlocuteurs
La fin du v. 14 (« en ce jour. Mais quoi ? Même maintenant ! ») est une phrase difficile en hébreu ; les traductions la rendent de façons diverses. Le v. 15 mentionne les aschérim, que le v. 9 ne mentionnait pas (« idoles de métal fondu »).Ce qu’en retiennent les auteurs
L’annonce de la mort de la maison de Jéroboam se réalise en 1 R 15,27-29 : Baasha, fils d’Ahiyya, de la maison d’Issacar, conspire contre Nadab, fils de Jéroboam, et le frappe ; il extermine toute la maison « selon la parole de Yhwh, qu’il avait dite par son serviteur Ahiyya le Silonite ». L’exil annoncé au v. 15 dépasse le sort de cette famille : il fait dépendre la chute d’Israël des fautes de Jéroboam (v. 16).Les mots qui portent le récit
Retournez chaque carte : le mot, puis ce qu’il fait dans le texte.
Qui dit quoi ?
Les voix des chercheurs, des versions et des textes rapprochés. Les ouvrages dont la pagination n’a pas été relevée ou qui n’ont pas été relus sont signalés. Filtrez par registre.
Adrian Schenker
Le TM de 1 R 14, une expansionSchenker note que 1 R 14,1-20 manque dans le grec ancien, où un récit voisin se lit en 3 Règnes 12,24g-n. Il conclut que le grec ancien représente une version hébraïque plus ancienne et que 14,1-20 est une expansion qui puise dans d’autres textes deutéronomistes : 14,7-10 manque entièrement dans le grec. Il date le TM de l’époque de Jean Hyrcan.
Gary N. Knoppers
Une source commune, seize clichésDans Two Nations under God, Knoppers conclut que 14,1-20 (TM) et 12,24g-n (grec) sont deux expansions d’une source commune plus ancienne. Selon lui, environ seize clichés deutéronomistes imprègnent 14,7-11.15a.16, tous dans des « plus » du TM ; le grec n’en a pas. Il rattache le TM à un rédacteur josianique.
Shemaryahu Talshir
Le « Supplément » comme composition secondairePour Talshir (1993), le récit alternatif de 3 Règnes 12,24a-z est une composition secondaire, de type midrashique, bâtie sur un texte proche du TM. C’est la position inverse de celle de Schenker.
Un article sur la Vorlage des Chroniques
Pas de parallèle dans les ChroniquesL’auteur remarque que ni 1 R 14,1-20 ni 12,24g-n n’ont de parallèle dans les Chroniques. Contre une idée répandue, selon laquelle le Chroniste aurait omis le récit, il propose que la source écrite commune aux Rois et aux Chroniques n’avait sans doute pas ce récit, ajouté ensuite aux Rois. Il rapporte que Japhet voit 2 Ch 11 comme comblant le vide laissé par l’omission de l’histoire de Jéroboam (1 R 12,25-14,20).
Une étude sur la promesse dynastique
Un oracle de retournementDans 1 R 14,10-11.14, l’auteur voit le locus classicus du retournement d’une promesse dynastique : la prédiction de l’annihilation de la descendance de Jéroboam, prononcée par celui qui avait annoncé la royauté. Il compare une relation à Assarhaddon (SAA 16 59) où le dieu Nusku proclame la destruction du nom et de la semence de Sennachérib. Il rappelle la réalisation en 1 R 15,27-29.
Thomas Römer
Jéroboam Ier, Jéroboam IIDans un article de 2017 (HeBAI 6/3), selon le résumé de l’éditeur, les rédacteurs deutéronomistes se taisent presque sur Jéroboam II parce qu’ils ont transféré à Jéroboam Ier la fondation des sanctuaires de Dan et de Béthel. La condamnation de 14,9 (idoles) se lit dans ce cadre.
Le grec ancien (Vaticanus)
Pas de 1 R 14,1-201 R 14,1-20 manque dans le Vaticanus ; le texte de l’Alexandrinus à cet endroit vient d’une révision sur l’hébreu (à vérifier dans l’édition de Göttingen ou dans Rahlfs).
Le « Supplément » (3 Règnes 12,24g-n)
Ano, sans déguisementMaladie de l’enfant ; Ano chez Ahiyya, sans déguisement ; « ses yeux s’étaient obscurcis » (ἠμβλυώπουν τοῦ βλέπειν) ; Ahiyya envoie son serviteur « au-devant d’Ano » ; oracle contre la maison de Jéroboam ; mort de l’enfant. Le récit précède l’accession de Jéroboam à la royauté ; aucun motif explicite à la condamnation.
1 R 11,29-39
La promesse initiale« Je serai avec toi, je bâtirai pour toi une maison stable, comme j’en ai bâti une pour David » (11,38) : la promesse que le v. 10 de notre texte retourne.
1 R 15,25-29
La réalisationNadab, fils de Jéroboam, devient roi ; Baasha, fils d’Ahiyya, de la maison d’Issacar, conspire contre lui, le frappe à Guibbeton et extermine toute la maison de Jéroboam, « selon la parole de Yhwh, qu’il avait dite par son serviteur Ahiyya le Silonite ».
1 S 4,15
Les yeux d’ÉliÉli a quatre-vingt-dix-huit ans ; ses yeux « se sont figés » et il ne peut plus voir, comme Ahiyya en 1 R 14,4. Éli était prêtre à Silo.
Am 7,9
« La maison de Jéroboam »« Je me lèverai contre la maison de Jéroboam avec l’épée. » La même expression, « la maison de Jéroboam », qu’en 1 R 14,10. Le lien entre les deux textes est une hypothèse de lecture : il peut être littéraire plutôt qu’historique.
2 R 17,13-14
« Mes serviteurs, les prophètes »Selon la formule des Rois, Yhwh a averti Israël et Juda par « tous ses prophètes ». En 1 R 14,18, Ahiyya est appelé « son serviteur » : un des rares prophètes individuels à porter ce titre dans les Rois.
Là où l’on discute encore
Une bonne étude biblique dit où la recherche est partagée. Voici les points sur lesquels les chercheurs lus ici divergent, ou sur lesquels le texte reste ouvert. Ouvrez-les un à un.
DébattuLe TM ou le grec : qui est le plus ancien ?
Schenker donne la priorité au grec ancien et fait du TM une expansion tardive ; Knoppers va dans le même sens, avec un rédacteur josianique ; Talshir tient le « Supplément » pour secondaire. Un point de méthode : les écarts attestent deux représentations divergentes de Jéroboam ; ils ne disent pas à eux seuls dans quel sens la transformation s’est faite.
Pour une étude de groupe, on peut séparer deux questions : que raconte chaque version ? et laquelle dépend de l’autre ?
DébattuLa sentence des v. 7-11 est-elle une addition ?
Knoppers compte environ seize clichés deutéronomistes dans 14,7-11.15a.16, tous dans des passages absents du grec. Il en conclut qu’ils sont secondaires. Schenker aussi, avec un rédacteur bien plus tardif. L’argument repose sur la comparaison avec le grec et sur le vocabulaire ; le texte hébreu, lui, ne signale aucune couture.
À préciserLe récit est-il connu des Chroniques ?
Ni le TM de 1 R 14 ni 12,24g-n n’ont de parallèle dans les Chroniques. L’article cité propose que la source commune n’avait pas ce récit. Mais le Chroniste peut avoir omis, comme le dit Japhet de 2 Ch 11. Les deux hypothèses ne se départagent pas par le seul texte.
À préciserAvant ou après la royauté ?
Dans le TM, Jéroboam est déjà roi (v. 7-8 le rappelle, v. 14 annonce un autre roi). Dans le « Supplément », la maladie de l’enfant et la consultation ont lieu avant l’assemblée de Sichem, donc avant la royauté. La rencontre n’a pas le même poids : une sentence sur un roi, ou une sentence sur un futur roi.
À nuancer« Chef » ou « roi » ?
Au v. 7, Yhwh dit avoir établi Jéroboam « chef » (נָגִיד) sur son peuple ; en 11,37, Ahiyya parlait de « roi ». Le texte ne commente pas ce changement. Rien dans les notes lues ne permet de dire qu’il est voulu.
À nuancerUn jeu sur les noms : Abiyya, Ahiyya ?
Les deux noms, « Yah est mon père » et « Yah est mon frère », ne diffèrent que par une lettre. Le texte ne tire rien de cette proximité ; c’est une remarque de lecteur, qui peut rester une coïncidence.
DébattuUne promesse retournée ?
Une étude citée dans les notes lit 14,10-11.14 comme le retournement de la promesse de 11,38 (« maison stable »), avec des parallèles néo-assyriens. Le texte biblique ne dit pas lui-même qu’il corrige 11,38 ; la condition posée en 11,38 (« si tu obéis… ») rend le retournement compréhensible, mais ne le prouve pas.
À préciserLa fin du v. 14 : « et même maintenant »
« En ce jour. Mais quoi ? Même maintenant ! » est une phrase brève, difficile en hébreu, que les traductions rendent de plusieurs manières. La traduction de cette étude est littérale et reste une proposition.
DébattuQuel contexte : Jéroboam Ier, Jéroboam II ?
Selon le résumé de l’éditeur, Römer pense que les rédacteurs deutéronomistes ont transféré à Jéroboam Ier ce qui appartient à Jéroboam II (fondation des sanctuaires de Dan et de Béthel). Am 7,9 emploie la même expression que 1 R 14,10, « la maison de Jéroboam » ; le lien peut être littéraire plutôt qu’historique. Ces hypothèses ne se déduisent pas du texte de 1 R 14.
À préciserCe que cette étude n’a pas pu vérifier
Cette étude rapporte les positions de Schenker, Knoppers, Talshir, Japhet et Römer telles qu’elles ressortent des notes et extraits de préparation ; ces auteurs n’ont pas été relus directement. L’article sur la Vorlage des Chroniques et l’étude sur la promesse dynastique ne sont pas identifiés. Le chapitre de Jan Rückl sur l’alliance davidique dans les Rois (Oxford Handbook of the Books of Kings, 2024, pp. 338-354), ainsi que A Sure House (2016), ne sont pas encore exploités dans cette version. L’hébreu est celui d’une édition en ligne, relevé verset par verset, sans collation avec la BHS ; la traduction est celle de cette étude ; le grec n’a pas été collationné avec Rahlfs. À contrôler avant toute citation.
Que dit le texte, vraiment ?
Pour chaque affirmation, trois réponses : le texte le dit, le texte dit le contraire, ou le texte ne le dit pas. Il s’agit de 1 Rois 14,1-18 (texte massorétique).
Et maintenant ?
Reprenez votre première idée. Qu’est-ce qui a bougé ?
- Que dit le texte de ce que Jéroboam attend du prophète ? Qu’est-ce qu’il lui demande, et qu’est-ce qu’il reçoit ?
- La réponse n’est pas pour l’enfant : elle est pour le roi, puis pour Israël. Qu’est-ce que cela change à la scène ?
- Un prophète qui ne voit plus, un déguisement qui tombe au seuil : qu’est-ce que cette ironie fait au lecteur ?
- « Quelque chose de bon » est trouvé dans l’enfant seul. Que fait-on d’un bien qui ne sauve rien ?
- L’hébreu et le grec ne racontent pas la même scène : que perd-on, que gagne-t-on, à lire les deux ?
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RéférencesPour aller plus loin
- Adrian SCHENKER, « Jéroboam et la division du royaume dans la Septante ancienne », in A. de Pury, T. Römer, J.-D. Macchi (éd.), Israël construit son histoire, Genève, Labor et Fides, 1996, pp. 193-236.
- Gary N. KNOPPERS, Two Nations under God, vol. 2 : The Reign of Jeroboam, the Fall of Israel, and the Reign of Josiah, HSM 53, Atlanta, Scholars Press, 1994.
- Zipora TALSHIR, The Alternative Story of the Division of the Kingdom (3 Kingdoms 12:24a-z), Jérusalem, Simor, 1993.
- Jan RÜCKL, A Sure House: Studies on the Dynastic Promise to David in the Books of Samuel and Kings, OBO 281, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2016 ; « Davidic Covenant and Dynasty in the Books of Kings », in The Oxford Handbook of the Books of Kings, Oxford University Press, 2024, pp. 338-354.
- Thomas RÖMER, « How Jeroboam II Became Jeroboam I », HeBAI 6/3 (2017), pp. 372-382.
- Mordechai COGAN, 1 Kings, Anchor Bible 10, New York, Doubleday, 2000 ; Simon J. DE VRIES, 1 Kings, WBC 12, Waco, Word Books, 1985.
Les références sont celles des documents de préparation, complétées pour Knoppers et Talshir ; elles sont à vérifier. La traduction et l’hébreu sont ceux de cette étude et n’ont pas été collationnés avec la BHS ; le grec n’a pas été collationné avec Rahlfs.