Il fixa les stations des grands dieux ; les étoiles, leurs images, il les établit en constellations.Enūma eliš V, 1-2 : Marduk organise le ciel après sa victoire sur Tiamat. Trad. pers.
Une étude biblique en libre accès.
Étude biblique en ligne · Ésaïe 40,12-31, avec Genèse 1, Job 38 et l'Enūma eliš en regard
Ésaïe 40 : à qui comparer Dieu ? וְאֶל־מִי תְּדַמְּיוּן אֵל
Le Temple est détruit, une partie du peuple vit à Babylone, et les dieux des vainqueurs semblent avoir gagné. Un texte répond par une avalanche de questions : qui a mesuré les eaux ? qui a conseillé Yhwh ? à qui le comparer ? Puis une seule plainte, celle de Jacob : « mon chemin est caché à Yhwh ». Que fait ce texte ? Chante-t-il le Créateur, attaque-t-il les dieux de Babylone, ou relève-t-il un peuple épuisé ? Cette page vous fait lire, répondre, vérifier, puis revenir sur votre première idée.
Votre première idée
Avant de lire, notez ce que vous pensez. Pas de bonne réponse ici : vous y reviendrez à la fin.
Ce passage est surtout…
Le texte
Traduction de travail à partir du texte massorétique. Elle reste volontairement proche de l'hébreu, quitte à être moins élégante. Lisez une première fois d'un trait, puis utilisez les surlignages.
Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main, réglé les cieux à l'empan, contenu dans un boisseau la poussière de la terre, pesé les montagnes au crochet et les collines à la balance ?
מִי־מָדַד בְּשָׁעֳלוֹ מַיִם וְשָׁמַיִם בַּזֶּרֶת תִּכֵּן וְכָל בַּשָּׁלִשׁ עֲפַר הָאָרֶץ וְשָׁקַל בַּפֶּלֶס הָרִים וּגְבָעוֹת בְּמֹאזְנָיִם׃
Qui a réglé l'esprit de Yhwh, et quel conseiller l'a instruit ?
מִי־תִכֵּן אֶת־רוּחַ יְהוָה וְאִישׁ עֲצָתוֹ יוֹדִיעֶנּוּ׃
Avec qui a-t-il tenu conseil pour qu'on l'éclaire, qu'on lui enseigne le sentier du droit, qu'on lui enseigne la connaissance et qu'on lui fasse connaître la voie de l'intelligence ?
אֶת־מִי נוֹעָץ וַיְבִינֵהוּ וַיְלַמְּדֵהוּ בְּאֹרַח מִשְׁפָּט וַיְלַמְּדֵהוּ דַעַת וְדֶרֶךְ תְּבוּנוֹת יוֹדִיעֶנּוּ׃
Voici : les nations sont comme une goutte au bord du seau, elles comptent comme un grain de poussière sur la balance ; voici : les îles, il les soulève comme une fine poussière.
הֵן גּוֹיִם כְּמַר מִדְּלִי וּכְשַׁחַק מֹאזְנַיִם נֶחְשָׁבוּ הֵן אִיִּים כַּדַּק יִטּוֹל׃
Le Liban ne suffirait pas pour le feu, ni ses bêtes pour l'holocauste.
וּלְבָנוֹן אֵין דֵּי בָּעֵר וְחַיָּתוֹ אֵין דֵּי עוֹלָה׃
Toutes les nations sont comme rien devant lui ; elles comptent pour lui comme néant et vide.
כָּל־הַגּוֹיִם כְּאַיִן נֶגְדּוֹ מֵאֶפֶס וָתֹהוּ נֶחְשְׁבוּ־לוֹ׃
À qui donc comparerez-vous Dieu, quelle ressemblance lui opposerez-vous ?
וְאֶל־מִי תְּדַמְּיוּן אֵל וּמַה־דְּמוּת תַּעַרְכוּ לוֹ׃
L'idole ? L'artisan l'a fondue, l'orfèvre la plaque d'or et lui soude des chaînettes d'argent.
הַפֶּסֶל נָסַךְ חָרָשׁ וְצֹרֵף בַּזָּהָב יְרַקְּעֶנּוּ וּרְתֻקוֹת כֶּסֶף צוֹרֵף׃
Pour l'offrande, on choisit du bois de mesukkan, un bois qui ne pourrit pas ; on se cherche un artisan habile pour dresser une idole qui ne vacille pas.
הַמְסֻכָּן תְּרוּמָה עֵץ לֹא־יִרְקַב יִבְחָר חָרָשׁ חָכָם יְבַקֶּשׁ־לוֹ לְהָכִין פֶּסֶל לֹא יִמּוֹט׃
Ne le savez-vous pas ? Ne l'entendez-vous pas ? Ne vous l'a-t-on pas annoncé dès le commencement ? N'avez-vous pas compris les fondations de la terre ?
הֲלוֹא תֵדְעוּ הֲלוֹא תִשְׁמָעוּ הֲלוֹא הֻגַּד מֵרֹאשׁ לָכֶם הֲלוֹא הֲבִינֹתֶם מוֹסְדוֹת הָאָרֶץ׃
Il siège au-dessus du cercle de la terre, et ses habitants sont comme des sauterelles. Il étend les cieux comme un voile, il les déploie comme une tente où l'on habite.
הַיֹּשֵׁב עַל־חוּג הָאָרֶץ וְיֹשְׁבֶיהָ כַּחֲגָבִים הַנּוֹטֶה כַדֹּק שָׁמַיִם וַיִּמְתָּחֵם כָּאֹהֶל לָשָׁבֶת׃
Il réduit les princes à rien, il fait des juges de la terre un vide.
הַנּוֹתֵן רוֹזְנִים לְאָיִן שֹׁפְטֵי אֶרֶץ כַּתֹּהוּ עָשָׂה׃
À peine sont-ils plantés, à peine semés, à peine leur tige a-t-elle pris racine en terre, qu'il souffle sur eux : ils sèchent, et la tempête les emporte comme de la paille.
אַף בַּל־נִטָּעוּ אַף בַּל־זֹרָעוּ אַף בַּל־שֹׁרֵשׁ בָּאָרֶץ גִּזְעָם וְגַם־נָשַׁף בָּהֶם וַיִּבָשׁוּ וּסְעָרָה כַּקַּשׁ תִּשָּׂאֵם׃
À qui donc me comparerez-vous, à qui serais-je égal ? dit le Saint.
וְאֶל־מִי תְדַמְּיוּנִי וְאֶשְׁוֶה יֹאמַר קָדוֹשׁ׃
Levez les yeux en haut et voyez : qui a créé cela ? Celui qui fait sortir leur armée au complet et les appelle toutes par leur nom. Si grande est sa vigueur, si puissante sa force, que pas une ne manque.
שְׂאוּ־מָרוֹם עֵינֵיכֶם וּרְאוּ מִי־בָרָא אֵלֶּה הַמּוֹצִיא בְמִסְפָּר צְבָאָם לְכֻלָּם בְּשֵׁם יִקְרָא מֵרֹב אוֹנִים וְאַמִּיץ כֹּחַ אִישׁ לֹא נֶעְדָּר׃
Pourquoi dis-tu, Jacob, pourquoi parles-tu ainsi, Israël : « Mon chemin est caché à Yhwh, mon droit échappe à mon Dieu » ?
לָמָּה תֹאמַר יַעֲקֹב וּתְדַבֵּר יִשְׂרָאֵל נִסְתְּרָה דַרְכִּי מֵיְהוָה וּמֵאֱלֹהַי מִשְׁפָּטִי יַעֲבוֹר׃
Ne le sais-tu pas ? Ne l'as-tu pas entendu ? Yhwh est le Dieu d'éternité, il crée les extrémités de la terre. Il ne se fatigue pas, il ne s'épuise pas, son intelligence est insondable.
הֲלוֹא יָדַעְתָּ אִם־לֹא שָׁמַעְתָּ אֱלֹהֵי עוֹלָם יְהוָה בּוֹרֵא קְצוֹת הָאָרֶץ לֹא יִיעַף וְלֹא יִיגָע אֵין חֵקֶר לִתְבוּנָתוֹ׃
Il donne la force à celui qui est fatigué, et à celui qui est sans vigueur il multiplie la puissance.
נֹתֵן לַיָּעֵף כֹּחַ וּלְאֵין אוֹנִים עָצְמָה יַרְבֶּה׃
Les jeunes gens se fatiguent et s'épuisent, les jeunes hommes trébuchent et tombent.
וְיִעֲפוּ נְעָרִים וְיִגָעוּ וּבַחוּרִים כָּשׁוֹל יִכָּשֵׁלוּ׃
Mais ceux qui espèrent en Yhwh renouvellent leur force : ils prennent leur envol comme les aigles, ils courent et ne s'épuisent pas, ils marchent et ne se fatiguent pas.
וְקוֹיֵ יְהוָה יַחֲלִיפוּ כֹחַ יַעֲלוּ אֵבֶר כַּנְּשָׁרִים יָרוּצוּ וְלֹא יִיגָעוּ יֵלְכוּ וְלֹא יִיעָפוּ׃
Choisissez un surlignage pour voir où le mot revient.
- Combien de questions le texte pose-t-il ? Qui les pose, et attend-il une réponse ?
- Qui parle aux v. 25-26 ? Qui parlait avant ?
- Où le texte cite-t-il quelqu'un d'autre ? Que dit cette citation du v. 27 ?
- Qui se fatigue dans ce texte, et qui ne se fatigue pas ?
Trois lectures
On peut entrer dans ce texte par trois portes. Aucune n'est fausse, mais chacune a ses limites. Ouvrez-les une par une.
Une plaidoirie : répondre à Jacob
Depuis Joachim Begrich et Claus Westermann, on range ce passage parmi les « discours de dispute » (Disputationsworte) : le prophète ne raconte pas, il argumente. Quatre séries de questions (v. 12-17, 18-24, 25-26, 27-31) conduisent à la seule phrase prononcée par le peuple, au v. 27 : « mon chemin est caché à Yhwh ». Tout ce qui précède prépare la réponse à cette plainte.
- de lire les questions comme des arguments, non comme des demandes d'information ;
- de voir dans le v. 27 le point de bascule du texte ;
- de rendre compte du passage du « vous » au « tu ».
- de savoir qui étaient exactement les contradicteurs ;
- de supposer une dispute réelle, prise sur le vif : la forme est littéraire ;
- de réduire les v. 12-26 à une simple introduction.
Statut : lecture classique et largement reçue. Le découpage exact varie selon les commentateurs.
Pour réfléchir : pourquoi répondre à une plainte par des questions plutôt que par une promesse ?
Une polémique : contre Marduk et ses images
Les questions visent un adversaire qui n'est jamais nommé. Dans l'Enūma eliš, récité à Babylone lors de la fête du Nouvel An, Marduk organise le ciel et fixe les étoiles, et le dieu Ea lui donne conseil. Au v. 13, Yhwh n'a pas de conseiller ; au v. 26, c'est lui qui appelle les astres par leur nom ; aux v. 19-20, les dieux sont des objets fabriqués. Matthias Albani lit le passage dans le contexte de l'astralisation du divin sous Nabonide.
- de repérer une polémique contre les images divines ;
- de rapprocher le v. 26 des cultes astraux de Mésopotamie ;
- de lire le v. 13 comme une pointe contre un dieu qui a besoin de conseil.
- de nommer Marduk à la place du texte : ni Babylone ni ses dieux ne sont cités ;
- d'affirmer que l'auteur avait lu l'Enūma eliš ;
- d'oublier que les mêmes thèmes existent dans les Psaumes et dans Job.
Statut : arrière-plan babylonien largement admis, degré de contact littéraire discuté.
Pour réfléchir : pourquoi ne pas nommer l'adversaire ? Est-ce prudence, mépris ou stratégie ?
Une consolation : le Créateur qui ne se fatigue pas
Le texte ne décrit pas la création pour elle-même. Il l'invoque pour une raison précise : un peuple fatigué doute que son Dieu le voie encore. Le Créateur qui « ne se fatigue pas » (v. 28) est celui qui « donne la force à celui qui est fatigué » (v. 29). Pour Albani, la théologie de la création n'est pas ici une fin en soi : elle sert à prouver la puissance de Yhwh sur l'histoire.
- de relier la création et la force donnée au peuple ;
- de lire « créer » au présent (« il crée », v. 28) ;
- de voir dans le v. 31 la conclusion de tout le passage.
- d'en tirer une cosmologie, une description physique du monde ;
- de promettre que personne ne tombera : les jeunes gens trébuchent (v. 30) ;
- de séparer la consolation de la polémique qui la prépare.
Statut : convergence actuelle de la recherche sur le rôle de la création chez le Deutéro-Ésaïe.
Pour réfléchir : que change, pour un exilé, l'idée que Dieu « ne se fatigue pas » ?
Des questions à la plainte
Le texte avance en quatre temps. Passez d'une station à l'autre.
מִי־מָדַד בְּשָׁעֳלוֹ מַיִם
Le texte. Cinq gestes d'artisan ou de marchand : mesurer au creux de la main, régler à l'empan, contenir dans un boisseau, peser au crochet, à la balance. Puis deux questions sur la sagesse : qui a conseillé Yhwh ? qui l'a instruit ? Comparer Job 38,4-5 : « Qui en a fixé les mesures ? »
Ce qui se joue. Les questions n'attendent pas de réponse : personne. Le monde entier tient dans la main de Dieu, et les nations, si puissantes soient-elles, pèsent ce que pèse une goutte au bord du seau. Même le Liban, avec ses forêts et ses bêtes, ne fournirait pas un sacrifice à la mesure de Dieu.
À retenir. Les nations sont « comme rien » (kᵉʾayin) et « néant et vide » (tohu), le mot de Genèse 1,2.
וְאֶל־מִי תְּדַמְּיוּן אֵל וּמַה־דְּמוּת תַּעַרְכוּ לוֹ
Le texte. La question change : non plus « qui a fait ? », mais « à quoi le comparer ? ». Réponse ironique : à une idole, fondue, plaquée d'or, taillée dans un bois qui ne pourrit pas et calée pour qu'elle « ne vacille pas ». Puis retour au Dieu qui siège au-dessus du cercle de la terre.
Ce qui se joue. Le mot dᵉmut, « ressemblance », est celui de Genèse 1,26. L'idole doit être fixée pour tenir debout, alors que les princes, eux, sont arrachés comme de la paille au premier souffle de Dieu (v. 23-24).
À retenir. Rien ne peut représenter Dieu, ni les statues, ni les puissants.
שְׂאוּ־מָרוֹם עֵינֵיכֶם וּרְאוּ מִי־בָרָא אֵלֶּה
Le texte. Pour la première fois, Dieu parle lui-même : « À qui me comparerez-vous ? dit le Saint. » Puis un ordre : levez les yeux. Le texte ne dit jamais « étoiles » : il parle d'une « armée » que Dieu fait sortir et passe en revue, nom par nom.
Ce qui se joue. Pour un Babylonien, les astres sont des dieux ou leurs signes, et ils annoncent le destin. Ici, ce sont des soldats à l'appel. Celui qui « crée » (baraʾ) n'a pas de rival dans le ciel : il le commande.
À retenir. La question du v. 18 est reprise au v. 25, mais c'est maintenant Dieu qui la pose.
נִסְתְּרָה דַרְכִּי מֵיְהוָה
Le texte. Le « vous » devient « tu ». Jacob a parlé : « mon chemin est caché à Yhwh, mon droit échappe à mon Dieu ». La réponse reprend les questions du v. 21 et redit que Yhwh « crée les extrémités de la terre ».
Ce qui se joue. Le texte joue sur deux verbes, se fatiguer (yaʿaf) et s'épuiser (yagaʿ), qui reviennent trois fois. Dieu ne se fatigue pas ; les jeunes gens, si. Mais ceux qui espèrent en Yhwh échangent leur force contre une autre.
À retenir. Toute la grandeur des v. 12-26 sert à répondre à une plainte, pas à décrire le monde.
Les mots
Retournez les cartes. Chacune donne le mot hébreu, son sens et son rôle dans le texte.
Les voix
Textes anciens et exégètes. Filtrez, comparez, demandez-vous ce que chacun apporte et ce qu'il laisse de côté. Les traductions marquées « trad. pers. » sont les miennes.
Il s'empara de la Tablette des Destins.Enūma eliš IV, 121, trad. Ph. Talon et S. Anthonioz (Cerf, 2019). Création du monde et maîtrise du destin vont ensemble.
Celui qui mesure les eaux de la mer.Épithète de Marduk (mādidu mê tâmti), rapprochée par Y. Avishur (1982) de la leçon de Qumrân au v. 12 (voir l'étape 7). Trad. pers.
Je ne l'ai pas fait.Serment des artisans dans le rituel mésopotamien de « l'ouverture de la bouche » (mīs pî), qui consacre une statue divine : les artisans déclarent que le dieu n'est pas l'œuvre de leurs mains. Voir Walker et Dick (2001). Trad. pers.
Où étais-tu quand je fondais la terre ? […] Qui en a fixé les mesures, le sais-tu ?Job 38,4-5. Trad. pers.
Il compte le nombre des étoiles, il les appelle toutes par leur nom.Psaume 147,4. Trad. pers.
La terre était déserte et vide (tohu wa-vohu). […] Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance.Genèse 1,2 et 1,26. Trad. pers.
Il rassasie de biens tes années, et ta jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle.Psaume 103,5. Trad. pers.
Qui a connu la pensée du Seigneur ? Ou qui a été son conseiller ?Romains 11,34 (cf. 1 Co 2,16). Paul cite Ésaïe 40,13 d'après la Septante, qui lit « pensée » (nous) là où l'hébreu dit « esprit » (ruaḥ).
Pourquoi dis-tu, Jacob…Ésaïe 40,27–41,16 est lu à la synagogue comme haftara de Lekh lekha (Genèse 12-17) : la plainte de Jacob est mise en regard de l'appel d'Abraham.
Notre prophète est comme ivre de l'idée du Tout-Puissant. […] Il le célèbre non seulement comme le souverain de l'histoire du monde, mais aussi comme le créateur de la nature, du ciel et de la terre.Julius Wellhausen, cité par M. Albani (2021). Trad. pers.
Moins une négation de sa multiplicité qu'une affirmation passionnée de sa puissance.Gerardus van der Leeuw, sur l'unicité de Dieu, cité par M. Albani (2021) à propos d'Ésaïe 40,25-26. Trad. pers.
La théologie de la création n'est pas, dans le Deutéro-Ésaïe, une fin en soi, mais le moyen de prouver la puissance de Yhwh sur l'histoire.Matthias Albani, « Monotheism in Isaiah », The Oxford Handbook of Isaiah, 2021. Trad. pers.
La création n'est pas seulement une activité du passé, mais une souveraineté au présent.John Goldingay et David Payne, Isaiah 40-55, ICC, 2006, t. 1, p. 49. Trad. pers.
Les questions des v. 13-14 visent la figure du conseiller divin, si présente dans les mythes mésopotamiens : Yhwh, lui, n'a besoin de personne.Résumé de R. N. Whybray, The Heavenly Counsellor in Isaiah xl 13-14, Cambridge, 1971.
Là où l'on discute
Ce que l'on présente parfois comme acquis ne l'est pas toujours. Voici les points sur lesquels la recherche actuelle hésite ou se divise.
Écrit à Babylone ou en Juda ?
Débattu
Depuis Bernhard Duhm (1892), on attribue Ésaïe 40-55 à un prophète anonyme de l'exil. La polémique contre les images et contre les astres plaide pour Babylone, dans les dernières années de Nabonide, roi en conflit avec le clergé de Marduk et dévot du dieu-lune Sîn (Albani 2000 ; Berges). L.-S. Tiemeyer (2011) soutient au contraire une rédaction en Juda : rien n'exige un auteur vivant à Babylone, et les parallèles bibliques (Psaumes, Job) suffisent souvent à expliquer le texte. La plupart reconnaissent aussi plusieurs couches de rédaction dans ces chapitres.
Les v. 19-20 : un texte difficile, peut-être ajouté
Débattu
Le v. 20 commence par un mot rare, hamsukkan. On l'a compris comme « celui qui est trop pauvre pour une offrande », mais depuis H. Zimmern (1894) beaucoup y voient le nom d'un bois précieux, l'akkadien musukkannu : c'est le sens retenu ici (voir S. Sherwin 2003). Le passage interrompt par ailleurs l'enchaînement des v. 18 et 21, et ressemble à d'autres morceaux contre les idoles (41,6-7 ; 44,9-20). On y voit souvent une couche rédactionnelle plus tardive ; certains proposent même de placer 41,6-7 juste après 40,20.
« Les eaux » ou « les eaux de la mer » ?
À préciser
Au v. 12, le grand rouleau de Qumrân (1QIsaa) lit mê yam, « les eaux de la mer », là où le texte massorétique a mayim, « les eaux ». Y. Avishur (1982) tient la leçon de Qumrân pour originale et la rapproche d'une épithète de Marduk, « celui qui mesure les eaux de la mer ». Si c'est juste, le premier verset du passage reprend un titre du dieu babylonien pour l'attribuer à Yhwh.
Un « discours de dispute » ?
À nuancer
La catégorie de Begrich et Westermann reste utile : questions, citation de l'adversaire, réfutation. Mais on ne trouve pas ici une dispute réelle, prise sur le vif. Les questions empruntent aussi aux hymnes et à la littérature de sagesse (Job 38 ; Pr 30,4), et l'unité de 40,12-31 est elle-même discutée : certains y voient plusieurs pièces réunies, d'autres une composition d'ensemble.
Incomparabilité ou monothéisme ?
À préciser
Ésaïe 40 ne dit pas encore qu'il n'existe pas d'autre dieu. Il dit que rien ne peut être comparé à Yhwh. La négation explicite viendra plus loin (44,6 ; 45,5-7). Albani propose de distinguer l'incomparabilité de Yhwh, son unicité et sa singularité. Le mot « monothéisme » est moderne, et S. Olyan (2012) a demandé si Ésaïe 40-55 l'est vraiment. Il convient de ne pas donner à la notion une valeur téléologique, et de sortir du couple réducteur monothéisme/polythéisme.
Le « cercle de la terre » : une terre ronde ?
À nuancer
On lit parfois le v. 22 comme l'annonce d'une terre sphérique. Le mot ḥug désigne un cercle tracé, un horizon, comme en Job 22,14 ou Proverbes 8,27, où il s'agit de la voûte du ciel ou de l'horizon au-dessus de l'abîme. L'image est celle de l'ancien Orient : un disque sous une voûte tendue « comme une tente ». Le texte ne fait pas de physique : il place Dieu au-dessus de tout.
Ésaïe 40 et Genèse 1
Débattu
Les contacts sont nombreux : tohu (v. 17 et 23), « ressemblance » (v. 18), « créer » (v. 26 et 28), l'armée des cieux. On a lu Ésaïe 40-55 comme une réponse au récit sacerdotal de la création (M. Weinfeld, 1968), mais l'ordre chronologique des deux textes n'est pas établi. C. Quine (2015) montre en outre que leurs conceptions de l'humanité ne coïncident pas. On se gardera de lire l'un par l'autre.
Quiz
Pour chaque affirmation : le texte le dit, le texte dit le contraire, ou le texte ne le dit pas ?
Et maintenant ?
Vous n'avez rien coché à l'étape 1. Vous pouvez y remonter.
Après lecture, que garderiez-vous ?
- Pourquoi tant de questions avant de citer la plainte de Jacob ? Que produirait le texte si l'on commençait par le v. 27 ?
- Les v. 19-20 se moquent des statues. Quelles sont nos « idoles qui ne vacillent pas » ?
- « Levez les yeux » : regarder le ciel rassure-t-il ou écrase-t-il ? Que choisit le texte ?
- Le texte dit que les jeunes gens tombent. Qu'est-ce que l'espérance du v. 31 promet, et qu'est-ce qu'elle ne promet pas ?
- Peut-on dire de ce passage qu'il est « monothéiste » ? Avec quelles précautions ?
Rien n'est envoyé. Vos choix et vos notes restent dans votre navigateur.
וְקוֹיֵ יְהוָה יַחֲלִיפוּ כֹחַ
Ceux qui espèrent en Yhwh renouvellent leur force.Ésaïe 40,31
Pour aller plus loin
Commentaires
- Berges, Ulrich, Jesaja 40–48, HThKAT, Freiburg i. Br., Herder, 2008.
- Blenkinsopp, Joseph, Isaiah 40–55, AB 19A, New York, Doubleday, 2002.
- Goldingay, John, Payne, David, Isaiah 40–55, 2 vol., ICC, London, T&T Clark, 2006.
- Westermann, Claus, Das Buch Jesaja. Kapitel 40–66, ATD 19, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1966.
Monographies et ouvrages
- Albani, Matthias, Der eine Gott und die himmlischen Heerscharen. Zur Begründung des Monotheismus bei Deuterojesaja im Horizont der Astralisierung des Gottesbegriffs im alten Orient, ABG 1, Leipzig, Evangelische Verlagsanstalt, 2000.
- Kessler, John, Old Testament Theology: Divine Call and Human Response, Waco, Baylor University Press, 2013, ch. « Creation Theology ».
- Römer, Thomas, L'Invention de Dieu, Paris, Seuil, 2017.
- Tiemeyer, Lena-Sofia, For the Comfort of Zion: The Geographical and Theological Location of Isaiah 40–55, VTSup 139, Leiden, Brill, 2011.
- Walker, Christopher, Dick, Michael B., The Induction of the Cult Image in Ancient Mesopotamia: The Mesopotamian Mīs Pî Ritual, SAALT 1, Helsinki, 2001.
- Whybray, R. Norman, The Heavenly Counsellor in Isaiah xl 13-14, Cambridge, Cambridge University Press, 1971.
Articles
- Albani, Matthias, « Monotheism in Isaiah », dans L.-S. Tiemeyer (éd.), The Oxford Handbook of Isaiah, Oxford, Oxford University Press, 2021.
- Albani, Matthias, « Sterne / Sternbilder / Sterndeutung », WiBiLex, Deutsche Bibelgesellschaft, 2014.
- Avishur, Yitzhak, « “Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main” (Ésaïe 40,12) : texte massorétique, Qumrân et akkadien » (en hébreu), Teʿuda 2, Tel Aviv, 1982, p. 131-137.
- Gosse, Bernard, « Isaïe 40,21-24, le Dieu créateur et les relectures bibliques de l'histoire dans la continuité des psaumes d'Asaph », Transeuphratène 43, 2013, p. 27-37.
- Olyan, Saul M., « Is Isaiah 40–55 Really Monotheistic? », JANER 12/2, 2012, p. 190-201.
- Quine, Cat, « Deutero-Isaiah, J and P: Who is in the Image and Likeness of God? », SJOT 29/2, 2015, p. 296-306.
- Sherwin, Simon J., « Hamsukkān in Isaiah 40:20: Some Reflections », Tyndale Bulletin 54/1, 2003.
Traduction de travail d'après le texte massorétique (BHS), vocalisé sans accents. Variantes de 1QIsaa et de la Septante signalées à l'étape 7. Le nom divin est transcrit Yhwh.