Jacob relu par Osée : un tricheur, un lutteur, un modèle ?
Dans un livre prophétique que son titre date du règne de Jéroboam II, roi du Nord, l’ancêtre Jacob est convoqué : il saisit son frère par le talon, lutte avec Dieu, pleure, supplie, et rencontre Dieu à Béthel. Est-ce une accusation, un exemple, ou les deux ? Et que fait-on de ces quelques mots, si brefs qu’on les croirait écrits pour qu’on y revienne ? Cette page vous fait lire, répondre, vérifier, puis revenir sur votre première idée.
Votre première idée
Avant de lire quoi que ce soit : quand vous pensez à Jacob, qu’est-ce qui vous vient d’abord ? Choisissez l’idée la plus proche. Vous y reviendrez à la fin.
Le texte, mot à mot
Osée 12,1-7 en traduction littérale (numérotation hébraïque : v. 1 = 11,12 dans les Bibles françaises). Deux boutons : l’hébreu, et un surlignage de ce qui est passé, de ce qui est présent, de ce qui est de Dieu. Plus bas, un jeu pour savoir ce que le texte dit vraiment.
Traduction française littérale, établie pour cette étude et à comparer à votre Bible. Plusieurs mots sont ambigus en hébreu (« erre », « vigueur », « le trouve », « mémorial ») : voir les étapes 5 et 7. Hébreu transcrit sans collation avec une édition imprimée : à vérifier sur la BHS avant toute citation.
Cliquez sur un mot pour savoir s’il figure dans Osée 12,1-7.
- Qui parle à chaque moment ? À qui s’adresse le « tu » du v. 7, et que devient « Jacob » entre le v. 3 et le v. 5 ?
- Que dit exactement le texte de Jacob, et que faut-il aller chercher dans la Genèse pour le comprendre ?
- Dans ces sept versets, trouve-t-on une accusation contre Jacob, ou seulement une série de gestes ?
Trois façons de lire le portrait de Jacob
Les chercheurs ne s’accordent pas sur ce que le texte pense de Jacob. D’après Göran Eidevall, certains y voient un tricheur sans foi, d’autres un exemple pour les auditeurs ; lui-même retient une figure ambivalente. Ouvrez chaque lecture : ce que le texte lui donne, et ce qu’il ne permet pas, ou pas encore, de dire.
Jacob, un tricheur sans foi. Eidevall note que « plusieurs chercheurs » estiment que Os 12 présente Jacob négativement, comme un « fourbe sans foi » (a deceitful trickster without faith, trad. de relecture) ; il cite Blum (2009), McKenzie (1986) et Vollmer (1971). Le v. 4 dit que Jacob a « saisi son frère par le talon » : un geste que la Genèse raconte à propos de la naissance des jumeaux et de la bénédiction volée.
Ce que le texte permet de dire
- Au v. 4, un geste de Jacob contre son frère : עָקַב, « saisir par le talon ».
- Au v. 3, Yhwh veut « visiter Jacob selon ses voies » et lui rendre « selon ses actes ».
- Au v. 1 et 2, « mensonge » et « fraude » sont dits d’Éphraïm et d’Israël, dans l’unité même.
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Les v. 3-7 ne disent jamais que Jacob a « trompé » ou « menti » : le mot « tricheur » n’y est pas.
- Goldingay souligne que ni la Genèse ni Osée ne qualifient explicitement Jacob de bon ou de mauvais ; le verbe « saisir par le talon » laisse aux lecteurs de décider s’il est une critique.
Eidevall, p. 255 (avec Blum 2009, McKenzie 1986, Vollmer 1971 : non lus directement) ; Goldingay, p. 223.
Jacob, un exemple pour ses descendants. Eidevall rapporte aussi la lecture inverse : le patriarche est ici un exemple positif pour les destinataires. Goldingay va dans ce sens pour le v. 5 : Osée « invite le Jacob actuel à voir l’ancêtre Jacob comme un modèle » quand il pleure, cherche grâce et trouve Yhwh à Béthel (trad. de relecture).
Ce que le texte permet de dire
- Au v. 5, Jacob « pleure » et « demande grâce ».
- Au v. 5 encore, la rencontre à Béthel, seule mention positive de Béthel dans le livre, d’après Goldingay.
- Au v. 7, un « tu » est invité à revenir à Dieu, à garder fidélité et droit.
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Les v. 3-7 ne disent pas que Jacob est « un modèle » : ce rapprochement est une lecture.
- Le v. 3 annonce que Yhwh « visitera Jacob selon ses voies » : un modèle sans reproche s’accorderait mal avec ce procès.
Eidevall, p. 255 ; Goldingay, p. 224.
Jacob, à la fois pécheur et pénitent. Eidevall tient pour « une erreur » de supposer que l’image doive être celle d’un méchant ou d’un héros. Il rejoint ceux qui détectent « une attitude ambivalente » (il cite Daniels 1990) : Jacob serait « délibérément » décrit comme une figure aux traits à la fois positifs et négatifs, ancêtre du passé et personnification de la nation. Goldingay conclut dans le même esprit : l’ambiguïté de ces versets est tantôt réductible, souvent non, car Osée veut qu’Éphraïm continue de penser à « différentes possibilités ».
Ce que le texte permet de dire
- Dans les mêmes versets : un geste contre le frère (v. 4), une lutte avec Dieu (v. 4-5), des pleurs (v. 5).
- Le glissement de « Jacob » (v. 3) vers « nous » (v. 5), puis vers « toi » (v. 7), qui rapproche l’ancêtre et ses héritiers.
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- On ne peut pas prouver, à partir de sept versets, que l’ambiguïté est voulue : les auteurs l’infèrent de la brièveté et des jeux de mots.
- Eidevall le dit lui-même : c’est « son opinion » ; d’autres tranchent autrement.
Eidevall, pp. 255-256 (avec Daniels 1990, Else Holt 1995, Weyde 1994 : non lus directement) ; Goldingay, p. 225.
- Ces trois lectures s’excluent-elles ? Un même verset peut-il accuser et inviter ?
- Qu’est-ce que le texte lui-même vous permet d’affirmer, et qu’est-ce que vous apportez de la Genèse ?
Du procès à l’appel
Goldingay lit Os 12,1-7 comme une petite unité en quatre mouvements : une critique (v. 1-2), une menace (v. 3), un rappel du passé (v. 4-6), une exhortation (v. 7). À chaque station : le texte, les interlocuteurs, et ce qu’en retiennent les auteurs.
Un procès avec Juda, des gestes d’Éphraïm
Le texte
Éphraïm « m’a entouré de mensonge », « fait paître le vent », multiplie « mensonge et ruine » ; on conclut une alliance avec l’Assyrie et de l’huile part vers l’Égypte (v. 1-2). Puis Yhwh a un procès avec Juda et veut « visiter Jacob selon ses voies » (v. 3). La phrase du v. 3 n’a pas de verbe conjugué.Les interlocuteurs
Goldingay : la critique va du métaphorique (« entouré » comme par une armée hostile) à l’explicite (l’alliance avec l’Assyrie et l’Égypte, avec Na’aman 2015, pp. 236-238). La première mention de Juda pourrait être une adaptation ultérieure ; la seconde se détache plus difficilement. Ben Zvi et Wilson : le livre situe Osée sous Jéroboam II (1,1) et sous quatre rois de Juda, et il parle du Nord en adoptant, selon eux, une « position idéologique » sudiste.Ce qu’en retiennent les auteurs
Goldingay y voit une « accusation et menace en deux temps », puis un saut : le « Jacob de l’actualité » (v. 3) renvoie à l’ancêtre. Ben Zvi et Wilson rappellent que le livre ne dit jamais devant qui ni où Osée a parlé : le contexte du Nord reste une reconstruction, et ils en discutent les coûts.Un ancêtre en quelques traits
Le texte
Dans le ventre, Jacob saisit son frère par le talon ; dans sa « vigueur » (ou sa « peine »), il lutte avec Dieu (v. 4). Il lutte avec un messager et l’emporte ; il pleure et lui demande grâce (v. 5a).Les interlocuteurs
Eidevall dresse la liste des échos avec la Genèse : v. 4a, la naissance des jumeaux (Gn 25,21-26) et la tromperie d’Ésaü (25,27-34 ; 27,1-40) ; v. 4b-5aα, la lutte du Jabbok (32,22-33) ; v. 5aβ, la réconciliation avec Ésaü (33,1-11). Il note, avec Weyde (1994), que tout cela suit « à peu près le même ordre ». Goldingay propose quatre hypothèses sur le lien Osée-Genèse (voir l’étape 7).Ce qu’en retiennent les auteurs
Pour Goldingay, Osée connaît l’histoire de Jacob sous une forme proche de la nôtre, mais « fait un usage libre » des traditions (il cite Moon 2018 : Osée « n’écrit pas une histoire de Jacob ; il l’utilise pour ses propres fins rhétoriques »). Le verbe ʿāqab est repris par Ésaü en Gn 27,36 ; il laisse au lecteur de décider s’il y a critique. Au v. 5, « pleurer » et « demander grâce » sont, selon lui, la note la plus indépendante de la Genèse.À Béthel, il parle avec nous
Le texte
« À Béthel il le trouve, et là il parle avec nous » (v. 5b). Puis : « Et Yhwh, le Dieu des armées, Yhwh est son mémorial » (v. 6). Le verbe est à l’inaccompli : « il trouve », « il a trouvé » ou « il trouvera » ; les sujets et objets sont ambigus (« le » ou « nous »).Les interlocuteurs
Eidevall donne cette traduction ouverte : « À Béthel il a trouvé / trouve (ou : a rencontré / rencontre) lui / nous, et là il a parlé / parle avec nous ». Goldingay : si c’est Yhwh qui trouve Jacob, cela prolonge l’invitation à réfléchir ; l’idée de « trouver » est un motif d’élection ailleurs en Osée (9,10). Il cite Landy (2001) : « La métaphore est une forme de mémoire » ; Goldingay rapproche le « mémorial » (zikrô) du v. 6.Ce qu’en retiennent les auteurs
Pour Goldingay, Béthel est la seule référence positive à ce sanctuaire dans le livre, qui parle ailleurs de « Beth-Aven » (maison du néant). Le dernier mot du verset, « il parle avec nous », fait passer la rencontre du passé au présent : c’est pour lui l’invitation la plus explicite à l’auto-compréhension.Et toi, reviens
Le texte
« Et toi, par ton Dieu tu dois revenir : garde fidélité et droit, et espère en ton Dieu sans cesse. » Un verbe à l’inaccompli, « tu dois revenir », puis deux impératifs, « garde » et « espère ».Les interlocuteurs
Goldingay : trois fois Osée exhorte explicitement Éphraïm à revenir (10,12 ; 12,7 ; 14,2-4) ; ici, la visée de tout ce qui précède, qui restait implicite, devient « sans équivoque » (il cite Lancaster 2021). Il juge que dire que l’intention de 12,1–14,9 est « de communiquer l’espérance » (Ben Zvi 2005) simplifie trop, sans que le livre veuille pour autant que ses lecteurs croient leur situation sans issue. Eidevall, avec Weyde (1994) et Else Holt (1995) : la complexité de Jacob permet de comprendre l’exhortation.Ce qu’en retiennent les auteurs
Le « tu » du v. 7 suit le « nous » du v. 5 : l’histoire de Jacob est racontée pour que ses héritiers s’y reconnaissent. Pour Goldingay, l’effet est d’adoucir la confrontation du v. 3 sans la supprimer : tourner vers Dieu (s’exercer, chercher grâce) reste ouvert à Éphraïm.Les mots qui portent le récit
Retournez chaque carte : le mot, puis ce qu’il fait dans le texte.
Qui dit quoi ?
Les voix des chercheurs rapportées dans les chapitres lus pour cette étude. Les noms mis entre parenthèses sont ceux que ces auteurs citent : leurs ouvrages n’ont pas été consultés directement. Filtrez par registre.
John Goldingay
Une compilation de messages brefsOs 12-13 aurait commencé comme des messages de quelques lignes, délivrés sur une place de Samarie ou au sanctuaire de Béthel, ou envoyés comme missives. Pour Goldingay, il n’existe pas de lien d’origine entre 12,1-3, 4-5 et 6-7 ; et rien ne justifie, avant les divisions médiévales, de séparer les ch. 12 et 13.
John Goldingay
Un usage libre de la tradition de JacobQuatre possibilités : (1) Osée connaît la Genèse sous une forme proche de la nôtre ; (2) l’auteur de la Genèse connaît Osée ; (3) Osée connaît une forme plus ancienne, écrite ou orale ; (4) les références sont entrées dans Osée plus tard. Son hypothèse de travail est la première, tout en notant que le texte n’est pas « si différent » de celui de la Genèse. Le débat sur l’origine de la Genèse et d’Osée reste complexe.
Göran Eidevall
Un portrait à deux visagesSelon Eidevall, il existe un large consensus : les textes sur Jacob d’Os 12 (v. 3-7 et 13) supposent une version de l’histoire de Jacob proche de celle de la Genèse. Mais l’emploi de cette tradition est atypique : ailleurs, les références aux traditions du Pentateuque sont de brèves allusions, dispersées, sans détail narratif.
Göran Eidevall
« Par un prophète » (12,14)Au v. 14, « par un prophète Yhwh fit monter Israël d’Égypte, par un prophète il fut gardé » : Moïse n’est pas nommé. Eidevall suggère qu’une formule ouverte (« un prophète ») crée un lien associatif entre Moïse et la voix prophétique qui parle dans tout le livre : la mission reste la même, guider et garder le peuple.
Ehud Ben Zvi et Ian D. Wilson
Un prophète « historique » ou « remémoré » ?Deux approches : reconstituer le prophète historique du VIIIe siècle, ou étudier le prophète tel que le livre le représente et que les lettrés de Yehud le remémoraient. Les deux, concluent-ils, sont « nécessaires et complémentaires », chacune avec son prix. Le livre reste vague sur les lieux et les circonstances (ils citent Os 10,14, « Shalman » et « Beth-Arbel »).
Nadav Na’aman
Le livre, source pour la fin du royaume du NordD’après Goldingay, Na’aman (2015) éclaire l’alliance avec l’Assyrie et l’Égypte en 12,2 ; Os 12,12 (« Galaad ») évoquerait, selon Na’aman (2021), le coup d’État de 2 R 15,25. Ben Zvi et Wilson notent que le prophète « historique » de Na’aman prêche sous Hoshéa, non sous Jéroboam II, ce qui contredit la date du livre (1,1).
Francis Landy
La métaphore est une forme de mémoire« Metaphor is a form of memory » : Landy ajoute qu’elle « ouvre la possibilité de la continuité ». Goldingay s’en sert pour lire les appels d’Os 12-13 à l’histoire d’Israël, en y rattachant « Yhwh est son mémorial » (12,6).
Ehud Ben Zvi
« Communiquer l’espérance » ?Ben Zvi (2005) estime que l’intention principale de 12,1–14,9 est de communiquer l’espérance aux lecteurs. Goldingay juge cela trop simple, sans pour autant lire un livre désespéré.
La Septante (LXX)
« Impiété » pour אֹן ?Goldingay, à propos du v. 4 : dans le contexte large, « impiété » va bien, comme le fait la LXX.
Vulgate, Aquila, Théodotion
Dieu ou messager ?La Vulgate transforme « Dieu » (v. 4) en envoyé ; Aquila et Théodotion transforment l’envoyé en Dieu (v. 5).
Targum
Jacob accomplit la parole de YhwhGoldingay : la Genèse laisse ouverte la possibilité que Jacob ait simplement poursuivi son destin ; « il agissait en accomplissement de la parole de Yhwh (Tg) ».
Rachi, Ibn Ezra, Qimchi
Lectures juives médiévalesGoldingay renvoie à Rachi, Ibn Ezra et Qimchi (Miqra’ot Gedolot) dans plusieurs notes. Pour la question « qui pleure et demande grâce ? », ils lisent l’envoyé comme celui qui pleure (note 7) ; Goldingay trouve que la syntaxe ne va pas dans ce sens.
Gn 25,26 ; 27,36
Le talonÀ la naissance, Jacob tient le talon d’Ésaü, d’où son nom ; plus tard, Ésaü transforme le nom en verbe : « il m’a supplanté ».
Gn 32,29
IsraëlLe verbe « lutter » (śārâ) n’apparaît que dans ce verset et en Os 12,4-5 : « tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. »
Gn 28 ; 35
BéthelRencontres de Jacob et de Dieu à Béthel. En Gn 35,15, Jacob évoque Dieu lui parlant « là ».
Os 12,14
Par un prophète« Par un prophète Yhwh fit monter Israël d’Égypte, et par un prophète il fut gardé. »
Là où l’on discute encore
Une bonne étude biblique dit où la recherche est partagée. Voici les points sur lesquels les chercheurs lus ici divergent, ou sur lesquels le texte reste ouvert. Ouvrez-les un à un.
DébattuJacob : un tricheur, un modèle, ou les deux ?
Eidevall rapporte trois camps : un portrait négatif (Blum 2009, McKenzie 1986, Vollmer 1971), un portrait positif, et une ambivalence (Daniels 1990), qu’il rejoint. Goldingay ajoute que ni la Genèse ni Osée n’indiquent clairement si Jacob est un bon ou un mauvais.
Le v. 4 résume en quelques mots ce que la Genèse raconte sur plusieurs chapitres ; la brièveté rend le jugement difficile. Aucun des deux auteurs ne conclut que le texte tranche.
DébattuQui connaît quoi : Osée ou la Genèse ?
Goldingay énumère quatre hypothèses (Osée connaît la Genèse ; la Genèse connaît Osée ; Osée connaît une forme plus ancienne ; les allusions sont entrées plus tard dans Osée). Eidevall parle d’un « large consensus » pour dire qu’Os 12 suppose une version de l’histoire de Jacob proche de celle de la Genèse, tout en précisant qu’il ne cherche pas à répondre aux questions d’origine.
La différence est de méthode : certaines approches de l’intertextualité exigent de savoir quel texte est premier, d’autres comparent sans le savoir, note Goldingay. Pour une étude de groupe, on peut garder les deux questions séparées : que dit Osée ? et d’où le sait-il ?
À nuancerUne unité ou plusieurs ? Un chapitre ou deux ?
Goldingay lit Os 12-13 comme cinq unités parallèles (critique, menace, rappel), assemblées à partir de messages plus brefs : il ne voit aucune raison de séparer 12 et 13 avant les divisions médiévales. Il juge pourtant que la division massorétique à 12,1 est juste. L’étude lit donc les v. 1-7 comme un ensemble, mais ce découpage est une proposition de lecture.
À préciser« Vigueur » ou « peine » ? Un mot, deux sens
Au v. 4, אוֹנוֹ peut dire « sa vigueur » ou ressembler à אָוֶן, « peine, impiété ». Goldingay : dans le parallélisme avec le ventre, la vigueur va bien ; dans le contexte large (12,1-7), l’impiété aussi (cf. LXX). Le mot revient six fois dans Osée avec ce sens, souvent à propos de Béthel (Beth-Aven).
DébattuL’adversaire de Jacob : Dieu, un messager ?
Le v. 4 dit « avec Dieu », le v. 5 « vers un messager » ; en Gn 32 l’adversaire est un « homme » (ʾîš) puis « Dieu ». Goldingay parle d’une ambiguïté systématique. Les versions tranchent dans des sens opposés (Vulgate et Aquila/Théodotion).
DébattuÀ Béthel : qui trouve qui ?
Eidevall rend le v. 5b de façon à garder toutes les possibilités (« il a trouvé / trouve… lui / nous »). Goldingay penche pour Yhwh trouvant Jacob et renvoie à l’inventaire de Ben Zvi (2005) sur les troisièmes personnes ambiguës ; il rapproche « trouver » de l’élection en Os 9,10, avec un contraste de Dozeman (2000).
DébattuUne espérance ? Que veut le livre ?
Pour Ben Zvi (2005), selon Goldingay, l’intention de 12,1–14,9 est de communiquer l’espérance. Goldingay trouve cela trop simple : Osée veut que ses lecteurs ne pensent pas leur situation sans issue, mais l’avertissement reste réel. En 12,7, l’exhortation vient après la menace du v. 3, sans l’effacer.
DébattuQui parle, et quand ? Jéroboam II, Hoshéa ou la mémoire de Yehud ?
Ben Zvi et Wilson distinguent deux manières de lire. L’une reconstitue un prophète « historique » du Nord ; elle exige souvent d’écarter des sections du livre et de reconstruire des versions plus anciennes. Leur exemple : le prophète de Na’aman (2015) parle sous Hoshéa, ce qui contredit la date donnée par le livre (Jéroboam II, 1,1). L’autre étudie le prophète « remémoré » par les lettrés de Yehud ; elle dit moins sur le VIIIe siècle.
Les deux auteurs concluent que les deux approches sont nécessaires. L’étude lit donc Os 12 sans trancher la date : le « Nord » est le cadre que le livre se donne, et son arrière-plan historique est discuté.
À préciserCe que cette étude n’a pas pu vérifier
Cette étude rapporte des positions telles que Goldingay, Eidevall et Ben Zvi–Wilson les exposent dans l’Oxford Handbook of Hosea (2024). Blum, McKenzie, Vollmer, Daniels, Weyde, Moon, Macintosh et Landy n’ont pas été lus directement ; leurs positions sont celles que ces trois chapitres leur attribuent. La traduction française et l’hébreu sont ceux de cette étude et n’ont pas été collationnés avec la BHS. À contrôler avant toute citation.
Que dit le texte, vraiment ?
Pour chaque affirmation, trois réponses : le texte le dit, le texte dit le contraire, ou le texte ne le dit pas. Il s’agit d’Osée 12,1-7.
Et maintenant ?
Reprenez votre première idée. Qu’est-ce qui a bougé ?
- Que dit le texte de Jacob, en toutes lettres ? Qu’est-ce qui vient de la Genèse que vous avez dans l’oreille ?
- « Il a saisi son frère par le talon » : une accusation, un fait, ou les deux ? Qu’est-ce qui vous fait choisir ?
- « À Béthel il le trouve, et là il parle avec nous. » Qui trouve qui ? Que change le « nous » ?
- Le « tu » du v. 7 : à qui parle-t-on ? Une invitation à revenir peut-elle être aussi une menace ?
- Un livre du Nord, relu à Juda : qu’est-ce qui change quand on se souvient d’un prophète, plutôt que de l’entendre ?
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RéférencesPour aller plus loin
- Brad E. KELLE (éd.), The Oxford Handbook of Hosea, New York, Oxford University Press, 2024 (ISBN 978-0-19-763959-7) : John GOLDINGAY, « Hosea 12-13 and Prophetic Composition, Rhetoric, and Recollection », pp. 211 ss ; Göran EIDEVALL, « Intertextuality and Traditions in the Book of Hosea », pp. 246 ss ; Ehud BEN ZVI et Ian D. WILSON, « Hosea the “Historical Prophet” of the Eighth Century BCE, Hosea the Remembered Prophet of Yehudite Literati, and the Book of Hosea », pp. 54-64.
- Ehud BEN ZVI, Hosea, FOTL 21A/1, Grand Rapids, Eerdmans, 2005.
- Erhard BLUM, « Hosea 12 und die Pentateuchüberlieferungen », in A. C. Hagedorn et H. Pfeiffer (éd.), Die Erzväter in der biblischen Tradition, BZAW 400, Berlin, de Gruyter, 2009, pp. 291-321 ; « Once Again: Hosea and the Pentateuchal Traditions », in C. Werman (éd.), From Author to Copyist, Winona Lake, Eisenbrauns, 2015, pp. 81-94.
- Thomas B. DOZEMAN, « Hosea and the Wilderness Wandering Tradition », in S. L. McKenzie et T. Römer (éd.), Rethinking the Foundations, BZAW 294, Berlin, de Gruyter, 2000, pp. 55-70.
- Francis I. ANDERSEN et David Noel FREEDMAN, Hosea, AB 24, Garden City, Doubleday, 1980 ; A. A. MACINTOSH, Hosea, ICC, Édimbourg, T&T Clark, 1997.
- Nadav NA’AMAN, « The Book of Hosea as a Source for the Last Days of the Kingdom of Israel », BZ 59 (2015), pp. 232-256.
Les références sont celles que donnent les trois chapitres lus (Goldingay, Eidevall, Ben Zvi–Wilson) ; les titres complets de Weyde (1994), McKenzie (1986), Vollmer (1971), Daniels (1990) et Moon (2018) n’y ont pas été relevés ici. La traduction française et l’hébreu sont ceux de cette étude et n’ont pas été collationnés avec la BHS.