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Étude biblique en ligne · Actes 2,1-13

Pentecôte : Babel défait ou langues gardées ?

On dit volontiers que la Pentecôte « défait Babel ». Le mot « Babel » n’est pourtant pas dans Actes 2, et le texte parle de langues au pluriel, que chacun entend « dans sa propre langue ». Reste à savoir si le récit abolit la diversité des langues ou s’il la garde. Cette page vous fait lire, répondre, vérifier, puis revenir sur votre première idée.

9 étapesenviron 45 minutesseul·e ou en groupeaucune connaissance préalable
LireUn texte court, en traduction littérale, avec le grec à portée de clic.
ChercherDes lectures qui s’opposent, des mots à retourner, des voix à comparer.
VérifierUne étape signale où l’exégèse est discutée. Un petit quiz teste ce que le texte dit vraiment.
1

Votre première idée

Avant de lire quoi que ce soit : quand vous pensez à la Pentecôte, qu’est-ce que vous en retenez d’abord ? Choisissez l’idée la plus proche. Vous y reviendrez à la fin.

2

Le texte, mot à mot

Actes 2,1-13 en traduction littérale de travail (la nôtre, à partir du grec). Deux boutons : le grec, et un surlignage de qui parle, de qui entend et des mots pour « langue ». Plus bas, un jeu pour savoir ce que le texte dit vraiment.

Langues Entendent Parlent
1
Et lorsque le jour de la Pentecôte arrivait à son accomplissement, ils étaient tous ensemble au même endroit.
Καὶ ἐν τῷ συμπληροῦσθαι τὴν ἡμέραν τῆς πεντηκοστῆς ἦσαν πάντες ὁμοῦ ἐπὶ τὸ αὐτό.
2
Et soudain vint du ciel un bruit, comme celui d’un souffle violent qui se porte, et il remplit toute la maison où ils étaient assis ;
καὶ ἐγένετο ἄφνω ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἦχος ὥσπερ φερομένης πνοῆς βιαίας καὶ ἐπλήρωσεν ὅλον τὸν οἶκον οὗ ἦσαν καθήμενοι·
3
et leur apparurent des langues qui se partageaient, comme de feu, et il se posa sur chacun d’eux ;
καὶ ὤφθησαν αὐτοῖς διαμεριζόμεναι γλῶσσαι ὡσεὶ πυρός, καὶ ἐκάθισεν ἐφ᾽ ἕνα ἕκαστον αὐτῶν,
4
et tous furent remplis d’Esprit saint, et ils commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer.
καὶ ἐπλήσθησαν πάντες πνεύματος ἁγίου, καὶ ἤρξαντο λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις καθὼς τὸ πνεῦμα ἐδίδου ἀποφθέγγεσθαι αὐτοῖς.
5
Or il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs, hommes pieux, venus de toute nation de celles qui sont sous le ciel ;
Ἦσαν δὲ εἰς Ἰερουσαλὴμ κατοικοῦντες Ἰουδαῖοι, ἄνδρες εὐλαβεῖς ἀπὸ παντὸς ἔθνους τῶν ὑπὸ τὸν οὐρανόν·
6
et ce bruit s’étant produit, la foule accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue.
γενομένης δὲ τῆς φωνῆς ταύτης συνῆλθεν τὸ πλῆθος καὶ συνεχύθη, ὅτι ἤκουον εἷς ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ λαλούντων αὐτῶν.
7
Ils étaient stupéfaits et s’étonnaient, disant : « Voyez : tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas Galiléens ?
ἐξίσταντο δὲ καὶ ἐθαύμαζον λέγοντες, Οὐχ ἰδοὺ ἅπαντες οὗτοί εἰσιν οἱ λαλοῦντες Γαλιλαῖοι;
8
Et comment, nous, entendons-nous chacun dans notre propre langue, celle où nous sommes nés ?
καὶ πῶς ἡμεῖς ἀκούομεν ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ ἡμῶν ἐν ᾗ ἐγεννήθημεν;
9
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie,
Πάρθοι καὶ Μῆδοι καὶ Ἐλαμῖται, καὶ οἱ κατοικοῦντες τὴν Μεσοποταμίαν, Ἰουδαίαν τε καὶ Καππαδοκίαν, Πόντον καὶ τὴν Ἀσίαν,
10
de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des régions de la Libye proche de Cyrène, Romains en séjour,
Φρυγίαν τε καὶ Παμφυλίαν, Αἴγυπτον καὶ τὰ μέρη τῆς Λιβύης τῆς κατὰ Κυρήνην, καὶ οἱ ἐπιδημοῦντες Ῥωμαῖοι,
11
Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans nos langues les grandeurs de Dieu. »
Ἰουδαῖοί τε καὶ προσήλυτοι, Κρῆτες καὶ Ἄραβες, ἀκούομεν λαλούντων αὐτῶν ταῖς ἡμετέραις γλώσσαις τὰ μεγαλεῖα τοῦ θεοῦ.
12
Tous étaient stupéfaits et perplexes, se disant l’un à l’autre : « Que veut dire cela ? »
ἐξίσταντο δὲ πάντες καὶ διηπόρουν, ἄλλος πρὸς ἄλλον λέγοντες, Τί θέλει τοῦτο εἶναι;
13
Mais d’autres, se moquant, disaient : « Ils sont remplis de vin doux. »
ἕτεροι δὲ διαχλευάζοντες ἔλεγον ὅτι Γλεύκους μεμεστωμένοι εἰσίν.

Grec : relevé sur un site en ligne (l’édition n’y est pas nommée ; elle suit apparemment le texte traditionnel), à comparer à votre édition (NA) avant toute citation. Par exemple, au v. 5, certaines éditions lisent ἐν au lieu de εἰς devant « Jérusalem ». Traduction littérale de travail : pour une lecture suivie, ouvrez votre Bible.

Ce mot est-il dans le texte ?

Cliquez sur un mot pour savoir s’il figure dans Actes 2,1-13.

À se demander
  • Qui parle aux v. 4 et 11 ? Qui entend aux v. 6, 8 et 11 ? Où le texte place-t-il le miracle ?
  • Quels mots désignent la « langue » aux v. 4, 6, 8 et 11 ? Sont-ils les mêmes ?
  • Que disent ceux qui entendent (v. 11) ? Que disent ceux qui se moquent (v. 13) ?
3

Trois façons d’entendre le récit

Que se passe-t-il, du côté des langues, à la Pentecôte ? Les lecteurs se rangent, en gros, en trois familles. Ouvrez chacune : ce que le texte lui donne, et ce sur quoi elle bute.

La lecture des commentateurs. Le mémoire rappelle d’abord pourquoi on rapproche les deux récits : pour Carl Holladay, la Pentecôte « apparaît comme une inversion de Babel », parce que Luc use d’un langage qui rappelle Gn 11,1-9 et parce que les langues n’y sont plus confondues. Craig Keener intitule sa section « A Reversal of Babel ».

Ce que le texte permet de dire

  • Le mot « langue » (γλῶσσα) revient aux v. 3, 4 et 11, comme en Gn 11.
  • Au v. 6, la foule « fut bouleversée » : συνεχύθη, un verbe de la même famille que celui de Gn 11,7 dans la Septante.
  • Des gens venus de « toute nation » (v. 5) se comprennent autour d’un même événement (v. 11).

Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)

  • Luc ne nomme pas Babel et ne cite pas Gn 11 : le lien est un écho, non une citation.
  • Le verbe συνεχύθη décrit l’émotion de la foule, non l’état des langues.
  • Si Gn 11 n’est pas une punition (ce que le mémoire défend), qu’y a-t-il à « défaire » ?

Holladay (p. 94) et Keener (p. 842), cités dans le mémoire, n. 53-54.

La lecture du mémoire. « Nous pensons que la Pentecôte n’est pas l’escamotage des langues au profit du message, mais que le message réside aussi dans le respect de ce que chaque langue a d’unique. » Le miracle serait d’abord un miracle d’écoute : chacun entend « dans sa propre langue » (v. 6). L’Église se fonderait « non pas dans une abolition de l’altérité, non pas un respect proclamé de l’altérité, mais en donnant à entendre l’altérité comme intelligible et familière ».

Ce que le texte permet de dire

  • Le v. 4 dit « d’autres langues » (ἑτέραις γλώσσαις), le v. 6 « sa propre langue » (τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ) : le point de vue change.
  • Le v. 8 précise : « celle où nous sommes nés ».
  • Les auditeurs sont nommés par peuples (v. 9-11), et le texte ne dit nulle part que les langues s’effacent.

Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)

  • Le texte ne tire aucune leçon explicite sur les langues : ce qu’on y entend est « les grandeurs de Dieu » (v. 11).
  • Le mot du v. 6, διάλεκτος, peut dire « langue » autant que « dialecte ».
  • Une seule parole de Pierre suit (v. 14), sans langue précisée.

Défendue dans le mémoire (chap. I, A, d, et « Pentecôte et ecclésiologie »), avec l’appui d’Amos Yong et de Thomas d’Aquin.

Une lecture ancienne, en partie dans le mémoire. Pour Thomas d’Aquin, il s’agit d’un « don des langues » fait aux apôtres. Il écrit que « cela ressortissait à la perfection de leur science, d’être capables non seulement de s’exprimer en n’importe quelle langue, mais encore de pouvoir comprendre ce que les autres leur disaient ». Si ce don n’est plus manifeste aujourd’hui, c’est (avec Augustin) que l’Église parle désormais toutes les langues. Le rapprochement avec Ac 14,11 ci-dessous est un ajout de relecture, hors mémoire.

Ce que le texte permet de dire

  • « Selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer » (v. 4) : le don est accordé à ceux qui parlent.
  • Les apôtres sont envoyés « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8), ce qui va dans le sens d’un équipement pour la mission.

Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)

  • Le récit insiste sur ce qu’entendent les auditeurs (v. 6, 8, 11), non sur ce que comprennent les apôtres.
  • Plus loin, à Lystres, la foule parle lycaonien (Ac 14,11) : le texte ne montre pas un don durable de langues.

Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa IIae, q. 176 ; le mémoire lui consacre un développement sur les langues et la prophétie.

À se demander
  • Quelle lecture rend le mieux compte du v. 6 ? du v. 8 ? du v. 11 ?
  • La lecture « Babel défait » et la lecture « langues gardées » peuvent-elles aller ensemble ?
4

De la maison à l’Église

Le mémoire de P. Bergounioux (« Les langues finiront », Genève, 2023) fait de la Pentecôte la pièce centrale de son exégèse du Nouveau Testament. Quatre stations : à chacune, le texte, ses interlocuteurs, et ce qu’en tire le mémoire.

« Ils commencèrent à parler en d’autres langues »

ἤρξαντο λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις (Ac 2,4)

Le texte

Un bruit venu du ciel remplit la maison, des langues « comme de feu » se partagent et se posent sur chacun ; tous sont remplis d’Esprit et se mettent à parler en d’autres langues, « selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer » (v. 2-4). Le verbe est ἄρχομαι : « commencer ».

Les interlocuteurs

Carl Holladay : l’Esprit est la « présence de substitution » de Dieu, une présence « habilitante » ; le récit est « un événement inaugural ». L’Esprit « incite les gens à parler » et « dirige également leurs mouvements » ; il se répand sur tous les croyants (« démocratisation de l’Esprit »). Il distingue ces « autres langues » du langage extatique de 1 Co 12-14.

Ce qu’en tire le mémoire

Il faut dire « langues », non « langage » : l’Esprit agit « au moyen des langues ». Il s’agit d’une hétéroglossie (d’autres langues), non d’une glossolalie. Comme à Babel la confusio causait la dispersion, ici l’Esprit « impulse la prise de parole ».

« Chacun les entendait dans sa propre langue »

ἤκουον εἷς ἕκαστος τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ λαλούντων αὐτῶν (Ac 2,6)

Le texte

La foule accourt et est bouleversée : chacun entend les disciples « dans sa propre langue » (v. 6). On s’étonne : « ne sont-ils pas tous Galiléens ? » (v. 7) et « comment entendons-nous chacun dans notre propre langue, celle où nous sommes nés ? » (v. 8). Le v. 5 les dit « résidant à Jérusalem », venus de « toute nation ».

Les interlocuteurs

Holladay : le v. 5 suggère des Juifs résidant à Jérusalem plutôt que des pèlerins. Keener : Luc ne laisse pas entendre que la diglossie soit en vue. Holladay encore : l’araméen galiléen est moqué dans le Talmud (le Galiléen qui veut acheter un amar). Dettwiler et Butticaz : Luc pratique la vraisemblance linguistique (grec sémitisant pour Pierre, atticisant pour Paul à l’Aréopage).

Ce qu’en tire le mémoire

Le « miracle » est dans l’audition : ce qui est pour le groupe une hétéroglossie devient pour la foule le fait d’entendre sa propre langue. Le mémoire parle d’idiolecte et voit dans la Pentecôte « la victoire des hyperlocalistes ». Il cite Dante : le parler que les enfants apprennent « dès le premier moment où ils commencent à distinguer les sons ».

Des nations, des mots pour Dieu, une moquerie

ἀκούομεν λαλούντων αὐτῶν ταῖς ἡμετέραις γλώσσαις τὰ μεγαλεῖα τοῦ θεοῦ (Ac 2,11)

Le texte

La liste des v. 9-11 nomme une quinzaine de peuples ou de régions, avec « Juifs et prosélytes » et « Romains en séjour ». Les auditeurs disent entendre « dans nos langues les grandeurs de Dieu ». Les uns demandent ce que cela veut dire (v. 12), les autres se moquent (v. 13).

Les interlocuteurs

Le mémoire n’invoque pas d’exégète précis pour la liste. Il note que « trois ou quatre langues auraient suffi » pour se comprendre (la koinè, l’araméen, l’hébreu, éventuellement le latin), et que « certaines interprétations » ont lu ici un discours anti-impérial, ce que le texte ne soutient pas.

Ce qu’en tire le mémoire

La situation n’est pas celle d’une société monolingue : s’y ajoutent « le fait dialectal et la diglossie ». « L’intercompréhension est un don de l’Esprit » ; « des langues l’Esprit fait des dialectes, les faisant accéder à la compréhension interdialectale », avec une perfection qui donne à chacun « le sentiment d’entendre son parler ».

Une Église qui se fonde dans la pluralité

« D’une Pentecôte à l’autre » (conclusion du mémoire)

Le point de départ

Hors d’Actes 2,1-13 : le mémoire se demande ce qu’implique la Pentecôte pour l’Église et pour les langues minorisées. Il y revient à propos de l’ecclésiologie, de Thomas d’Aquin (les langues et la prophétie) et du pluralisme de l’Esprit.

Les interlocuteurs

Amos Yong : « le peuple ecclésial de Dieu a été fondé par sa seule expérience de l’Esprit au milieu de la pluralité et de la diversité de ses langues et langages particuliers le jour de la Pentecôte ». Thomas d’Aquin, avec Augustin : l’Église parle désormais toutes les langues. Patrick Sauzet : on « n’est au monde que dans une langue ».

Ce qu’en tire le mémoire

La koinonia n’est pas une communauté réduite aux acquêts : « les biens propres sont mis en commun ». « L’Église est établie à la Pentecôte par la ruaḥ précisément par l’inclusion de toutes les langues. » Le double mouvement de la Pentecôte, centripète et centrifuge, vaut pour l’enracinement comme pour son dépassement.
5

Les mots qui portent le récit

Retournez chaque carte : le mot, puis ce qu’il fait dans le texte.

6

Qui dit quoi ?

Les voix que convoque le mémoire à propos de la Pentecôte. Filtrez par registre.

Exégèse

Carl Holladay

Babel défait

« Dieu défait à la Pentecôte ce qui avait été fait à Babel. » Et plus loin : « ils parlent certes des dialectes différents, mais leur langue n’est plus confuse ou confondue. »

Holladay, Acts: A Commentary, Westminster, 2016, p. 94 (cité dans le mémoire, n. 53 et 79).
Exégèse

Carl Holladay

L’Esprit, présence « habilitante »

« Dans les Actes, le Saint Esprit est la présence de substitution [surrogate presence] de Dieu. En présentant l’Esprit comme la présence habilitante [empowering] au sein de l’église, Luc renforce le thème de la direction [guidance] providentielle. »

Holladay, op. cit., p. 65 (n. 55).
Exégèse

Carl Holladay

Pas de glossolalie

Selon Holladay, la capacité des apôtres à parler en d’autres langues doit être distinguée du langage extatique et inintelligible de 1 Co 12-14. Il décrit aussi une « démocratisation de l’Esprit » : l’Esprit se répand sur les croyants, pas seulement sur les apôtres.

Holladay, op. cit., p. 92 (n. 59, citant l’anglais) et p. 66 (n. 58).
Exégèse

Carl Holladay

Le Galiléen et l’amar

Le Talmud raille l’araméen galiléen : un Galiléen veut acheter un amar ; le marchand répond : « Stupide Galiléen, veux-tu acheter une monture (un âne = ḥamār) ? À boire (du vin = ḥamar) ? De quoi s’habiller (de la laine = ʿamar) ? De quoi servir à un sacrifice (un agneau = ʾimmar) ? »

Holladay, op. cit., p. 95 ; voir aussi Keener, p. 835 (n. 70).
Exégèse

Craig Keener

Un renversement de Babel

Le mémoire cite Keener, dont la section s’intitule « A Reversal of Babel (Gen 11:1-9) » : cette approche « cadrerait certainement avec le thème de Luc sur la mission transcendant les barrières culturelles et linguistiques ».

Keener, Acts. An Exegetical Commentary, vol. 1, Baker, 2012, p. 842 (n. 54).
Exégèse

Craig Keener

Pas de diglossie en vue

« Bien plus problématique, Luc ne fournit aucune implication que la diglossie était en vue ou que l’on devrait s’attendre à ce que les disciples n’aient parlé que l’hébreu à cette occasion ou à une autre. »

Keener, op. cit., p. 821 (n. 69).
Exégèse

Andreas Dettwiler et Simon Butticaz

Un grec pour chaque orateur

« Pierre use d’un grec sémitisant, proche de celui des Septante […] alors que Luc glisse sur les lèvres de Paul, debout au milieu de l’Aréopage d’Athènes, un discours d’un classicisme atticisant ». Pour le mémoire, c’est un indice de la vraisemblance recherchée par Luc.

Dettwiler, Butticaz, op. cit., p. 9 (n. 67 ; référence complète absente du mémoire).
Exégèse de Gn 11

David Carr

Le revers de l’anti-Babel

« On pourrait se demander si le profond scepticisme de ce passage à l’encontre de la coopération humaine mondiale ne serait pas particulièrement problématique à une époque comme la nôtre où des questions centrales, telles que le changement climatique, exigent que la communauté mondiale trouve un langage commun […]. »

Carr, Genesis 1-11, IECOT, Kohlhammer, 2021, cité dans le mémoire (n. 50).
Théologie

Amos Yong

Fondée dans la pluralité

« Le peuple ecclésial de Dieu a été fondé par sa seule expérience de l’Esprit au milieu de la pluralité et de la diversité de ses langues et langages particuliers le jour de la Pentecôte (Actes 2). »

Yong, Beyond the Impasse, Baker/Paternoster, 2003, p. 73 (n. 76).
Théologie

Amos Yong

Une imagination « pneumatologique »

« De cette réalité ecclésiale qui traverse les langues, les cultures, l’espace et le temps vient l’imagination pneumatologique […] qui est ainsi intrinsèquement une seulement dans et par sa pluralité. »

Yong, op. cit., p. 73 (n. 77).
Théologie médiévale

Thomas d’Aquin

Comprendre la langue de l’autre

« Cela ressortissait à la perfection de leur science, d’être capables non seulement de s’exprimer en n’importe quelle langue, mais encore de pouvoir comprendre ce que les autres leur disaient. » Le mémoire en conclut que la Pentecôte est « le choix d’une intelligence universelle des dialectes par les apôtres ».

Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa IIae, q. 176, Cerf, 1985, pp. 1004-1007.
Poésie et langue

Dante

Le parler maternel

Le parler « auquel les petits-enfants se familiarisent, par l’action de leur entourage, dès le premier moment où ils commencent à distinguer les sons ».

Dante, De l’éloquence en vulgaire, I, 1, 2, Fayard, 2011, p. 73 (n. 64).
Linguistique

Patrick Sauzet

Garder un monde ouvert

« On n’est au monde que dans une langue. » Il s’agit de « maintenir le plus riche possible le fonctionnement d’une langue pour accueillir ceux qui redescendront déçus de la Tour de Babel ».

Sauzet, « Occitan : de l’importance d’être une langue », Cahiers de l’Observatoire des pratiques linguistiques, 2012, p. 103 (n. 262).
Histoire et langue

John P. Meier et Jens Schröter

Un Jésus diglossique ?

Le mémoire évoque « un Jésus historique potentiellement diglossique » (Meier, A Marginal Jew, I, pp. 255-268) et la persistance d’une « judéité propre » liée à l’Alliance, à la Loi et au Temple (Schröter, Jésus de Nazareth, Labor et Fides, 2018, p. 101).

Mémoire, n. 71 et 75.
7

Là où l’on discute encore

Une bonne étude biblique dit où elle est solide, et où elle est discutable. Voici les points sur lesquels l’exégèse proposée dans le mémoire mérite un second regard. Ouvrez-les un à un.

Débattu : les spécialistes divergent · À nuancer · À préciser
Débattu« Anti-Babel » : écho ou inversion ?

Le mémoire pose bien la question (« pouvons-nous toutefois encore lire Ac 2 comme un anti-Babel au vu des apports récents de l’exégèse de Gn 11 ? ») et conclut que la Pentecôte « apparaît aux commentateurs, de manière convaincante, comme un anti-Babel ». Luc, pourtant, ne nomme pas Babel et ne cite pas Gn 11.

Il reste une tension. Pour Holladay, Dieu « défait » ce qui avait été fait à Babel ; mais si Babel n’est pas une punition (thèse du mémoire), qu’y a-t-il à défaire ? Le mémoire répond en fin de course que la confusio n’est « pas si antinomique » de l’effusion : les deux récits diraient le pluriel voulu par Dieu. L’exposé gagnerait à dire nettement que « anti-Babel » désigne ici la lecture punitive, non le texte de Gn 11.

À préciserLes apôtres, les Douze ou les cent vingt ?

Le mémoire écrit tantôt « le groupe des apôtres », tantôt « le groupe des 120 ». Le texte dit « tous » (v. 1, 4). Le chiffre de cent vingt vient d’Ac 1,15 ; au v. 14, Pierre se tient « avec les Onze ». Qui parle en langues ? Le texte ne le précise pas.

L’argument « trois ou quatre langues auraient suffi au groupe des 120 » suppose que tous parlent. Il faudrait le dire, et reconnaître que c’est une lecture d’Ac 1,15 combiné à Ac 2,1.

À nuancer« Idiolecte » : un mot à manier avec soin

Le mémoire parle d’« idiolecte », « en nous autorisant du texte », à partir de ἴδιος. En linguistique, l’idiolecte est le parler d’un seul individu. Or le texte dit autre chose : chacun entend « dans sa propre langue, celle où nous sommes nés » (v. 8), et les v. 9-11 nomment des peuples, non des personnes.

L’étymologie (ἰδιωτισμός : « langage propre à un individu », selon la définition citée dans le mémoire) ne suffit pas à fixer le sens d’un mot dans un passage. « Langue maternelle » ou « langue d’origine » dirait mieux ce que le texte raconte.

Débattu« Dialecte » ou « langue » ? Ce que dit διάλεκτος

Le mémoire lit au v. 6 un « dialecte », et même une « victoire des hyperlocalistes ». Mais en grec de l’époque, διάλεκτος désigne couramment la langue parlée (l’hébreu, en Ac 21,40 ; 22,2 ; 26,14). Et au v. 11, les mêmes auditeurs disent « nos langues » (γλώσσαις). Luc n’a pas la distinction moderne entre langue et dialecte.

Le raisonnement sur la Vulgate (« eorum linguis » contre « lingua sua ») porte, lui, sur le possessif et le réfléchi, et reste valable. Mais la forme exacte du v. 4 varie selon les éditions de la Vulgate (« variis linguis » ou « aliis linguis ») : à vérifier sur celle qu’on cite.

DébattuMiracle de la parole ou de l’écoute ?

Le mémoire situe le miracle dans l’audition (v. 6). C’est une lecture défendable : c’est la foule qui s’étonne. Mais le v. 4 attribue bien le don à ceux qui parlent, et le v. 11 dit qu’on les entend parler « dans nos langues ». Le texte ne tranche pas entre les deux.

Le mémoire dit aussi que « l’intercompréhension est un don de l’Esprit ». Or le texte raconte que les auditeurs comprennent ; il ne dit pas que les disciples comprennent les auditeurs, ni que les auditeurs se comprennent entre eux (ils s’interrogent au v. 12).

À préciserLe v. 8 est l’appui le plus solide, et il n’est pas cité

Le mémoire s’appuie sur le v. 6 (τῇ ἰδίᾳ διαλέκτῳ) et sur le v. 5. Mais c’est le v. 8 qui dit : « dans notre propre langue, celle où nous sommes nés » (ἐν ᾗ ἐγεννήθημεν). Il rend la lecture « parler maternel » (appuyée sur Dante) bien plus solide.

À nuancerRésidents ou pèlerins ?

Le mémoire relève « une tension » : les auditeurs « résident » à Jérusalem (v. 5, avec Holladay), mais viennent de « toute nation ». C’est exact. Le texte grec est aussi incertain : certaines éditions lisent ἐν au lieu de εἰς au v. 5, et le v. 10 parle de Romains « en séjour ». On peut résoudre la tension de plusieurs façons, que le mémoire ne parcourt pas.

Une coquille à corriger : « toutes les peuples » (à lire « tous les peuples » ou « toutes les nations »).

À nuancerKeener n’appuie pas la lecture dialectale

Le mémoire écrit que la question de la diglossie « est aussi relevée par Keener ». La phrase citée dit pourtant que Luc « ne fournit aucune implication que la diglossie était en vue » : elle écarte plutôt l’idée. À lire dans son contexte (p. 821) avant de s’en servir comme appui.

À nuancerVraisemblance, Galiléens et Talmud

Le mémoire affirme que l’étonnement du v. 7 « repose tout entier sur le fait dialectal et sociolinguistique ». Le texte dit seulement : « ne sont-ils pas tous Galiléens ? ». L’étonnement peut aussi tenir au fait que des Galiléens parlent plusieurs langues. De plus, l’anecdote du Talmud (l’amar) vient d’un texte rabbinique bien plus tardif que Luc : elle illustre un préjugé sur l’accent galiléen, mais ne prouve pas ce que Luc a en tête.

Le critère de vraisemblance (Pierre sémitisant, Paul atticisant) montre que Luc soigne le registre de ses discours ; il ne dit rien sur le fait dialectal du v. 6.

DébattuAprès le miracle, un seul discours

Après la stupéfaction, Pierre prend la parole (v. 14) et s’adresse à tous, sans que le texte dise en quelle langue. Le mémoire note que son grec est « sémitisant ». Si le miracle consacrait les langues propres de chacun, pourquoi la suite repose-t-elle sur un seul discours ? Le mémoire ne traite pas la question ; elle demanderait un regard sur Ac 2,14-41.

À préciserLa confusion et l’effusion existent aussi en grec

Ajout de relecture. Le mémoire forge le terme d’« effusion » pour relier la confusio de Babel (σύγχυσις) à la Pentecôte. Le lien est plus fort qu’il ne dit : en Ac 2, c’est le verbe ἐκχέω, « répandre », qui dit le don de l’Esprit (v. 17-18, 33), et il partage sa racine χέω avec συνεχύθη (v. 6). Le v. 33 ajoute que l’on « voit et entend » ce que Jésus a répandu.

À nuancerThomas d’Aquin : un déplacement

Le mémoire retient de Thomas que les apôtres devaient « comprendre » la langue des autres et en conclut à « une intelligence universelle des dialectes par les apôtres ». C’est une lecture théologique du don, non une donnée d’Ac 2 : le récit parle de ce que la foule entend. Thomas lui-même reconnaît que le don ne se manifeste plus : l’Église, dit-il avec Augustin, parle désormais toutes les langues.

À préciserUne note qui parle de Babel

Le mémoire écrit : « Comme pour Babel, certaines interprétations ont voulu voir un discours antiimpérialiste », avec une note qui renvoie à Carr, qui rejette cette lecture pour Babel. Pour la Pentecôte, aucun auteur n’est nommé. L’affirmation « là encore le texte résiste » mérite une référence propre.

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Que dit le texte, vraiment ?

Pour chaque affirmation, trois réponses : le texte le dit, le texte dit le contraire, ou le texte ne le dit pas.

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Et maintenant ?

Reprenez votre première idée. Qu’est-ce qui a bougé ?

Pour en parler à plusieurs
  • Au v. 6, qu’est-ce qui étonne la foule : d’entendre ? d’entendre sa propre langue ? d’entendre des Galiléens ?
  • Quand vous entendez une langue qui n’est pas la vôtre dire des choses que vous croyez, qu’est-ce qui change ?
  • Dans votre communauté, quelles langues ou quels accents sont entendus ? Lesquels ne le sont pas ?
  • Le mémoire écrit que l’Église se fonde « en donnant à entendre l’altérité comme intelligible et familière ». Comment l’entendez-vous, à la lumière d’Ac 2,11 ?
Votre lecture, en quelques lignes

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« Nous les entendons dire dans nos langues les grandeurs de Dieu. »Actes 2,11
RéférencesPour aller plus loin
  • Pierre BERGOUNIOUX, « Les langues finiront » (1 Co 13,8). Langues minorisées : une approche théologique, mémoire de master, Faculté de théologie, Université de Genève, février 2023 (dir. Christophe Chalamet), chap. I, A, d : « Ac 2,9-13 — La Pentecôte » ; « Pentecôte et ecclésiologie ».
  • Carl R. HOLLADAY, Acts: A Commentary (The New Testament Library), Louisville, Westminster John Knox, 2016.
  • Craig S. KEENER, Acts. An Exegetical Commentary, vol. 1 : Introduction and 1:1-2:47, Grand Rapids, Baker Academic, 2012.
  • Amos YONG, Beyond the Impasse. Toward a Pneumatological Theology of Religions, Grand Rapids/Carlisle, Baker Academic/Paternoster Press, 2003.
  • THOMAS D’AQUIN, Somme théologique, IIa IIae, q. 176, Paris, Cerf, 1985.
  • David M. CARR, Genesis 1-11 (IECOT), Stuttgart, Kohlhammer, 2021.
  • DANTE ALIGHIERI, De l’éloquence en vulgaire, trad. sous la dir. d’Irène Rosier-Catach, Paris, Fayard, 2011.
  • Patrick SAUZET, « Occitan : de l’importance d’être une langue », Cahiers de l’Observatoire des pratiques linguistiques, 2012, pp. 87-106.
  • John P. MEIER, A Marginal Jew, vol. 1, New Haven/London, Yale University Press, 1991, pp. 255-268.
  • Jens SCHRÖTER, Jésus de Nazareth. À la découverte de l’homme de Galilée, Genève, Labor et Fides, 2018.
  • DETTWILER et BUTTICAZ, cités dans le mémoire (n. 67, p. 9).

Les citations viennent du mémoire, qui les reprend de ces ouvrages ; les passages de Holladay et de Keener en anglais sont traduits ou paraphrasés d’après le mémoire. Le texte grec d’Actes 2 a été relevé sur une édition en ligne ; la traduction française est littérale et de travail. L’étape 7 et les paragraphes signalés comme « ajout » sont une relecture, hors mémoire.