Pourquoi y a-t-il déjà plusieurs langues avant Babel ?
On lit Babel (Gn 11) comme l’origine des langues. Or le chapitre qui le précède, la « Table des peuples », répartit déjà l’humanité « selon ses langues ». Faut-il y voir une simple liste de noms, une carte du monde ancien, ou une première réponse biblique à la question de la diversité ? Cette page vous fait lire, répondre, vérifier, puis revenir sur votre première idée.
Votre première idée
Avant de lire quoi que ce soit : la « Table des peuples » (Genèse 10), cette longue liste de noms entre le déluge et Babel, qu’est-ce que vous en retenez d’abord ? Choisissez l’idée la plus proche. Vous y reviendrez à la fin.
Le texte, mot à mot
Genèse 10 en traduction littérale de travail (la nôtre, à partir de l’hébreu), avec les versets 1-5, 20, 31 et 32 en entier et un résumé des autres. Deux boutons : l’hébreu, et un surlignage de ce que le texte dit des langues, des pays et des peuples. Plus bas, un jeu pour savoir ce que le texte dit vraiment.
Hébreu : texte de Leningrad relevé sur un site en ligne, signes de cantillation retirés ; à comparer à votre édition (BHS) avant toute citation. Traduction littérale de travail : pour une lecture suivie, ouvrez votre Bible. Le mémoire cite la TOB et la NBS, qui traduisent גּוֹי par « nation » ; il préfère « peuple » (voir l’étape 7).
Cliquez sur un mot pour savoir s’il figure dans Genèse 10 (le chapitre entier, pas seulement les versets montrés).
- Quel mot revient aux v. 5, 20 et 31 ? Que change-t-il d’un verset à l’autre ?
- Qui agit dans ce chapitre ? Dieu est-il sujet d’un seul verbe ?
- Quel verbe dit que les peuples se répartissent (v. 5 et 32) ? Est-ce « disperser » ?
Trois façons d’entendre la Table des peuples
Que veut dire ce chapitre, quand on le met en regard de Babel ? Les lecteurs se rangent, en gros, en trois familles. Ouvrez chacune : ce que le texte lui donne, et ce sur quoi elle bute.
La lecture du mémoire. Dans la couche sacerdotale (P), « la diversité des langues fait apparemment partie de l’humanité postdiluvienne. Elle est là d’emblée et ne semble pas poser un problème particulier » (Römer). Gn 10 serait le texte « le plus neutre », le « moins motivé théologiquement ou politiquement », et la diversité des langues y correspondrait à la volonté divine.
Ce que le texte permet de dire
- Les v. 5, 20 et 31 disent la même chose : des clans, des langues, des pays, des peuples, sans la moindre note de regret.
- Le chapitre suit la bénédiction « soyez féconds et multipliez-vous » (Gn 9,1.7).
- Le v. 32 conclut : « à partir d’eux les peuples se sont séparés sur la terre ».
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Dieu n’est sujet d’aucun verbe dans ce chapitre : la « volonté divine » est déduite, non dite.
- Le chapitre est composite : toutes ses couches ne parlent pas ainsi.
Römer (p. 406) et Carr (p. 308), cités dans le mémoire, n. 35-39.
La lecture de Pury et Römer, que le mémoire suit en partie. Un rédacteur « n’a pu se satisfaire de la vision émerveillée, et en tout cas insouciante, que l’écrit sacerdotal avait donné de la diversité des peuples et de leurs langues » : il a inséré le récit de Babel pour y remédier. Les ajouts de Gn 10 (v. 8-13.15-19.21.24-25) créent un lien avec la malédiction de Canaan (Gn 9) et avec la tour (Gn 11).
Ce que le texte permet de dire
- Au v. 10, le royaume de Nimrod commence par Babel.
- Au v. 25, Péleg est nommé « car en son temps la terre fut divisée ».
- Gn 11,1-9 reprend le sujet des langues d’une autre façon (« lèvre » au lieu de « langue »).
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Si l’on suit ces ajouts, c’est la diversité elle-même qui devient « une sanction divine » : l’inverse de ce que dit le mémoire.
- Le mémoire lit Gn 11 comme non punitif (Carr) ; il tient donc deux lectures à la fois.
Pury, Römer, Schmid, La Genèse, p. 66 ; Römer, p. 407 (mémoire, n. 40-42).
Une lecture que le mémoire touche sans la développer. Römer note que Gn 9,18-27 (« l’ivresse de Noé ») « introduit une séparation et une hiérarchisation parmi les fils de Noé ». Carr relève que certaines parties de Gn 10, surtout non sacerdotales, « sont liées de manière problématique aux discours ultérieurs sur l’esclavage et la race ». Ce paragraphe est un prolongement de relecture, à partir de ces deux remarques.
Ce que le texte permet de dire
- Canaan est nommé parmi les fils de Cham (v. 6) ; Gn 9,25-27 le maudit.
- Le chapitre range tous les peuples sous trois fils de Noé.
Ce que le texte ne permet pas (ou pas encore)
- Pour Carr, les humains de Gn 10 ne se distinguent pas « par le type physique » : le chapitre ne dit rien des couleurs de peau.
- La Table classe par pays, clans et langues, non par valeur.
Römer, p. 406 (n. 38) ; Carr, pp. 293-294 et 308 (n. 34-35).
- Peut-on lire Gn 10 en laissant Gn 11 de côté ? Et à l’inverse ?
- La « volonté divine » est-elle dite par le texte, ou déduite de l’ensemble ?
De Noé à Babel
Le mémoire de P. Bergounioux (« Les langues finiront », Genève, 2023) place la Table des peuples entre le déluge et Babel, et en tire un argument. Quatre stations : à chacune, le texte, ses interlocuteurs, et ce qu’en tire le mémoire.
Une césure : l’humanité va se différencier
Le texte
Le chapitre s’ouvre et se ferme sur « après le déluge » (v. 1 et 32). Les trois fils de Noé sont à l’origine de tous les peuples de la terre. Avant le déluge, rien n’est dit d’une pluralité de langues.Les interlocuteurs
Thomas Römer : « le déluge fait là aussi intervenir une césure, puisque, après le déluge, l’humanité va se différencier et parler plusieurs langues. » Il rappelle que les récits bibliques supposent à l’origine « une langue commune qui est comprise des hommes, de Dieu et des animaux ».Ce qu’en tire le mémoire
Le mémoire lit d’abord Gn 9 : nourriture carnée, limites posées à la violence, imago Dei. La différenciation des langues, elle, « ne semble pas relever de cette concession à la violence ou au chaos ». Elle s’inscrit dans la logique des bornes posées par Dieu.Un refrain : clans, langues, pays, peuples
Le texte
La même formule clôt les listes de Cham (v. 20) et de Sem (v. 31) ; au v. 5, elle suit la liste de Japhet, dans un autre ordre et avec « chacun selon sa langue » au singulier. Chaque branche est ainsi décrite par quatre mots.Les interlocuteurs
La note de la NBS : le chapitre « répartit l’humanité en trois groupes rattachés aux trois fils de Noé, selon leur implantation géographique et selon leur langue ». Markus Witte : une « différenciation sociogéographique » par familles, langues, pays et peuples. Carr : le chapitre « semble composé pour résister aux tentatives de le lire comme un aperçu des peuples connus ».Ce qu’en tire le mémoire
Ce n’est pas « un anachronique essai de sociolinguistique ». Mais Gn 10 met en relation diversité des cultures et diversité des langues d’une manière qui intéresse la théologie : tous portent « implicitement l’image de Dieu », tout en se distinguant « socialement ».Gn 10 corrigé par Gn 11 ?
Le texte
Gn 10 dit que les peuples « se séparent » (פרד). Gn 11 dit que Dieu fait « disperser » (פוץ, forme causative), et que les humains craignent d’être dispersés (11,4). Gn 9,19 emploie encore un autre verbe (נפץ).Les interlocuteurs
Römer : entre Gn 9 et 11, la Bible hébraïque a conservé « trois récits contradictoires » (Gn 9,18-27 ; Gn 10 ; Gn 11,1-9). Pury : Gn 11 corrige la « vision émerveillée » de Gn 10. Carr : tensions entre la divinité qui « cause la dispersion » après le déluge et celle qui, en Gn 10, bénit la multiplication.Ce qu’en tire le mémoire
Au chapitre 10, la dispersion et la diversité linguistique sont la conséquence de l’injonction divine à se multiplier. Au chapitre 11, la dispersion continue : elle « n’est pas un phénomène nouveau, mais un phénomène qui acquiert une dimension humaine ». La confusion des langues reste une réponse divine à la puissance de l’homme, non à une désobéissance.Une justification scripturaire pour les langues
Le point de départ
Hors de Gn 10 : le mémoire cherche un fondement théologique aux langues minorisées. Il constate que la diversité religieuse n’est pas mentionnée dans la Table, alors que la diversité linguistique l’est.Les interlocuteurs
Geffré : Dieu « ne condamne pas la pluralité des langues et donc des cultures, car celle-ci est plutôt un retour à la condition originelle voulue par Dieu ». Il lit aussi dans Babel une critique d’une fausse conception de l’universel. Le mémoire note que la Table et Babel sont encadrées par l’alliance avec Noé (Gn 9) et la vocation d’Abraham (Gn 12).Ce qu’en tire le mémoire
« Le pluralisme linguistique trouve ici un privilège théologique », une justification scripturaire que le pluralisme religieux n’a pas. C’est aussi « une limite à la théologie naturelle » : le multiple humain n’est pas présenté comme relevant de la nature, mais voulu par Dieu.Les mots qui portent le chapitre
Retournez chaque carte : le mot, puis ce qu’il fait dans le texte.
Qui dit quoi ?
Les voix que convoque le mémoire à propos de la Table des peuples. Filtrez par registre.
Thomas Römer
Une césure après le déluge« Le déluge fait là aussi intervenir une césure, puisque, après le déluge, l’humanité va se différencier et parler plusieurs langues. »
Thomas Römer
Le texte le plus neutre« Le texte le plus neutre est celui de Gn 10 : une liste généalogique comportant un nombre impressionnant de noms dont certains résistent encore à l’explication. Dans sa forme actuelle, le texte est confus ; il le devient moins lorsqu’on se rend compte que, sous cette forme, il combine des éléments “P” et des éléments non-P. »
Thomas Römer
Pour P, la diversité va de soi« Pour P, la diversité des langues fait apparemment partie de l’humanité postdiluvienne. Elle est là d’emblée et ne semble pas poser un problème particulier. »
Thomas Römer
Des ajouts qui préparent BabelCes fragments « ne sont pas à attribuer à un Yahwiste ancien ; il s’agit d’ajouts et de corrections post-P, notamment en Gn 10,8-13.15-19.21.24-25 qui veulent créer un lien avec la malédiction de Canaan en Gn 9 et la tour de Babel en Gn 11 ». Les rédacteurs comprennent « la diversité des langues comme une sanction divine ».
Albert de Pury
Une vision « émerveillée »Un rédacteur « n’a pu se satisfaire de la vision émerveillée, et en tout cas insouciante, que l’écrit sacerdotal avait donné de la diversité des peuples et de leurs langues ». Il a introduit Babel pour y remédier.
Markus Witte
Une différenciation sociogéographiqueLa structure du texte traduit « sommairement une différenciation sociogéographique selon les familles (mišpāchāh), langues (lāšôn), pays (ʾæræṣ) et peuples (gôj) ». Le mémoire en conclut qu’il n’est pas possible d’y voir un « anachronique essai de sociolinguistique ».
David Carr
Pas un aperçu des peuples connus« Un examen plus approfondi montre que le chapitre semble composé pour résister aux tentatives de le lire comme un aperçu des peuples connus, même si certaines parties de celui-ci — en particulier ses parties non-Sacerdotales — sont liées de manière problématique aux discours ultérieurs sur l’esclavage et la race. »
David Carr
L’image de Dieu, transmise« Les humains de Gn 10 ne sont, en aucun cas, représentés comme se distinguant les uns des autres par le type physique d’espèces […]. Tous portent implicitement l’image de Dieu transmise de génération en génération (cf. Gn 5, 1-3), tout en se distinguant socialement les uns des autres par un mélange de traits géographiques, ethnico-nationaux et linguistiques (Gn 10, 20, 31 et la forme originelle de 10,5). »
David Carr
Deux Dieux après le déluge ?Carr relève une tension entre les récits postdiluviens d’une divinité (YHWH) « qui cause la dispersion humaine » (Gn 11,8-9 ; cf. Gn 9,19) et le récit d’un Dieu à l’origine de ce processus en Gn 10, par sa bénédiction (Gn 1,28 ; 9,1.7). Le mémoire (traduction personnelle) en conclut que Gn 10 est « le moins motivé théologiquement ou politiquement, le plus impartial ».
David Carr
« Peuple », non « nation »Carr signale l’inconvénient de rendre gôy par « nation » à cause du sens moderne du mot, et lui préfère « peuple ». Le mémoire le suit et cite Alain Badiou, qui y inclut « le noyau dur de la masse inexistante » comme les peuples en lutte pour obtenir le statut de nation.
Claude Geffré
Un retour à la condition voulueDieu « ne condamne pas la pluralité des langues et donc des cultures, car celle-ci est plutôt un retour à la condition originelle voulue par Dieu ». Et : « On peut voir dans la réalisation avortée de la Tour de Babel une critique d’une fausse conception de l’universel. »
Gn 10,5
« Chacun eut son pays suivant sa langue »« Chacun eut son pays suivant sa langue (אִישׁ לִלְשֹׁנוֹ) et sa nation selon son clan » (TOB), cité par le mémoire d’après Römer.
Gn 10,32
« C’est à partir d’eux que les peuples se sont répartis »« Voilà les clans des fils de Noé, selon leur généalogie, dans leurs [peuples]. C’est à partir d’eux que les [peuples] se sont répartis sur la terre après le déluge. » (NBS, avec « peuples » substitué à « nations » par le mémoire)
Là où l’on discute encore
Une bonne étude biblique dit où elle est solide, et où elle est discutable. Voici les points sur lesquels l’exégèse proposée dans le mémoire mérite un second regard. Ouvrez-les un à un.
DébattuQuelle couche de Gn 10 fonde la thèse ?
Le mémoire s’appuie sur la couche sacerdotale (v. 5, 20, 31-32) pour dire que la diversité des langues est voulue. Mais il cite aussi Römer et Pury, pour qui les ajouts non sacerdotaux (v. 8-13, 15-19, 21, 24-25) comprennent cette diversité « comme une sanction divine ». Le chapitre « dans sa forme actuelle » contient les deux.
L’argument gagnerait à dire nettement que la justification scripturaire vaut pour une couche du texte, et que d’autres couches la contredisent. Le mémoire écrit « Gn 10 » là où il pense à la strate P.
À nuancer« Cela correspond à la volonté divine » : ce que le texte ne dit pas
Dans Gn 10, Dieu n’est sujet d’aucun verbe et son nom (Élohîm) n’y figure pas ; seul YHWH est nommé, en 10,9, dans l’ajout sur Nimrod. La « volonté divine » est déduite de la bénédiction de Gn 9,1.7 et de Gn 1,28, comme le fait Carr. C’est une inférence raisonnable, non une affirmation du chapitre.
DébattuUne liste « neutre » peut-elle fonder une théologie ?
Le mémoire écrit qu’il n’est pas possible de voir en Gn 10 « un anachronique essai de sociolinguistique ». Pourtant, il en tire « un privilège théologique », « une justification scripturaire » du pluralisme linguistique. Entre une liste généalogique « neutre » (Römer) et un fondement théologique, le pas est grand : il repose sur le silence du texte, qui ne dit pas que la diversité est un problème.
Un argument de silence est fragile : le texte ne dit pas non plus qu’elle est un bien.
À préciser« La forme originelle de 10,5 »
Le mémoire cite Carr : les humains se distinguent par « un mélange de traits géographiques, ethnico-nationaux et linguistiques (Gn 10, 20, 31 et la forme originelle de 10,5) ». Il cite lui-même le v. 5 en entier (TOB). Il ne dit pas quelle part du verset Carr juge originelle, ni si la mention de la langue (« chacun selon sa langue », au singulier) en fait partie.
À nuancer« Dispersion » ou « séparation » ?
Ajout de relecture. Le mémoire écrit qu’au chapitre 10, « la dispersion humaine — et donc la diversité linguistique — est la conséquence de l’injonction divine à se multiplier ». Mais le verbe de Gn 10,5 et 10,32 est פרד, « se séparer ». Le verbe de la dispersion est celui de Gn 11,8-9 (פוץ) et de Gn 9,19 (נפץ) ; on le retrouve en Gn 10,18, mais seulement pour les clans cananéens, dans une section non sacerdotale. Le mémoire cite ces verbes, via Carr, sans en tirer cette distinction, qui renforce son propos : dans la couche sacerdotale, Gn 10 dit « se séparer », non « disperser ».
À nuancer« Culture » : un mot absent du texte
Le mémoire dit que Gn 10 « met en relation diversité des cultures et diversité des langues ». Le chapitre ne parle ni de culture ni de coutumes : il parle de clans, de langues, de pays et de peuples. Carr, que cite le mémoire, parle de traits « géographiques, ethnico-nationaux et linguistiques ». La notion de « culture » est celle du lecteur.
DébattuDe la Table à l’écolinguistique
Carr dit que Gn 10 ne représente pas les humains comme les espèces animales et végétales de Gn 1. Le mémoire en conclut que « la Table des peuples dit déjà qu’en dépit des analogies, écolinguistique et écothéologie ne sont pas réductibles l’une à l’autre ». Le saut est grand : Carr parle de la façon dont le chapitre se représente l’humanité, non d’une théorie des langues. La conclusion est celle du mémoire, non de Carr.
DébattuPluralisme linguistique, pluralisme religieux : l’argument du silence
Le mémoire dit que la diversité religieuse « n’est pas mentionnée » en Gn 10, contrairement aux langues, et que le pluralisme religieux est donc privé d’une justification scripturaire. Ajout de relecture : d’autres textes sont parfois invoqués dans ce débat (Dt 4,19 ; Dt 32,8-9, qui parlent de Dieu et des peuples). Le mémoire ne les discute pas. La conclusion mérite au moins d’être ouverte.
À préciserLes citations bibliques sont retouchées
Le mémoire cite la TOB (Gn 10,5b) et la NBS (Gn 10,32) en remplaçant « nations » par « peuples ». Cela suit Carr, mais le lecteur doit le savoir : au v. 32, le texte entre crochets n’est pas celui de la traduction citée. La note 31 explique le choix ; elle gagnerait à figurer dans le corps du texte.
DébattuGn 10 avec Gn 11, ou contre Gn 11 ?
Le mémoire adopte à la fois la lecture diachronique de Pury et Römer (Gn 11 réagit à la vision de Gn 10) et la lecture de Carr (la confusion n’est pas une punition). Les deux ne se contredisent pas, mais ne disent pas la même chose du rapport entre les chapitres : dans l’une, Gn 11 corrige Gn 10 ; dans l’autre, il le prolonge. Le mémoire conclut que la confusion « n’est pas si antinomique » de ce que dit Gn 10 ; il le fait sans trancher.
À préciserCham, Canaan et Péleg : ce que le mémoire laisse de côté
Ajout de relecture. Le mémoire mentionne la malédiction de Canaan (Gn 9) et la remarque de Carr sur l’esclavage et la race, mais ne développe ni l’usage de ces textes dans l’histoire ni les ajouts les plus parlants : Nimrod et Babel (10,8-12), Péleg (10,25). Ce sont pourtant les passages qui relient directement Gn 10 à Gn 11.
Que dit le texte, vraiment ?
Pour chaque affirmation, trois réponses : le texte le dit, le texte dit le contraire, ou le texte ne le dit pas.
Et maintenant ?
Reprenez votre première idée. Qu’est-ce qui a bougé ?
- Quel poids donner à un texte qui ne dit rien de la volonté de Dieu, mais qui décrit des peuples « selon leurs langues » ?
- Que change le fait que la diversité des langues précède Babel dans le texte ?
- Quand on dit que les langues « sont voulues par Dieu », qu’est-ce qu’on affirme, et qu’est-ce qu’on déduit ?
- Dans votre communauté, quelle langue ou quel parler est la « langue de tous » ? Que dirait un texte qui compterait aussi les autres ?
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RéférencesPour aller plus loin
- Pierre BERGOUNIOUX, « Les langues finiront » (1 Co 13,8). Langues minorisées : une approche théologique, mémoire de master, Faculté de théologie, Université de Genève, février 2023 (dir. Christophe Chalamet), chap. I, A, a-b : « Genèse 9 — Le déluge » ; « Genèse 10 — La Table des peuples ».
- David M. CARR, Genesis 1-11 (IECOT), Stuttgart, Kohlhammer, 2021.
- Thomas RÖMER, « Milieux bibliques », L’annuaire du Collège de France, 113 | 2014 (en ligne).
- Albert DE PURY, Thomas RÖMER, Konrad SCHMID, L’Ancien Testament commenté. La Genèse, Paris/Genève, Bayard/Labor et Fides, 2016.
- Markus WITTE, « Völkertafel », WiBiLex, 2011 (dernière version 2018).
- Claude GEFFRÉ, De Babel à Pentecôte. Essais de théologie interreligieuse, Paris, Cerf, 2006.
- Alain BADIOU et al., Qu’est-ce qu’un peuple ?, Paris, La Fabrique, 2013.
Les citations viennent du mémoire, qui les reprend de ces ouvrages ; les passages de Carr sont traduits par le mémoire. Le texte hébreu de Genèse 10 a été relevé sur une édition en ligne (texte de Leningrad) ; la traduction française est littérale et de travail. L’étape 7 et les paragraphes signalés comme « ajout » sont une relecture, hors mémoire.